Le 18 juillet 1998, le corps d’Éric Tabarly est retrouvé par un chalutier dans la mer d’Irlande, un peu plus d’un mois après sa disparition tragique, survenue dans la nuit du 12 au 13 juin au large du pays de Galles. Naviguant à bord de son voilier Pen Duick, le légendaire marin français avait été projeté par-dessus bord dans des conditions de mer difficiles. Son décès bouleverse le monde de la voile et la France entière, tant il incarnait, pour beaucoup, l’esprit d’aventure, d’exigence et de liberté.
Un marin façonné par la mer
Né le 24 juillet 1931 à Nantes, Éric Tabarly découvre très jeune l’appel du large. À sept ans, il tombe amoureux d’un voilier centenaire, Pen Duick, que son père finit par lui offrir. Ce bateau deviendra le fil rouge d’une vie consacrée à la navigation. Pour restaurer ce yacht usé, Tabarly s’engage dans la Marine nationale, devient pilote dans l’aéronavale, puis multiplie les missions en Indochine. Il rêve de traverser les océans. En 1964, il remporte la Transat anglaise en solitaire, à bord de Pen Duick II, devenant instantanément une légende. La victoire est d’autant plus marquante qu’elle est obtenue à la force des bras, dans une tempête, avec un bateau léger que beaucoup jugeaient inadapté.
Dans les années qui suivent, il construit une série de voiliers novateurs, toujours baptisés Pen Duick, du III au VI, puis Paul Ricard. Aluminium, multicoques, gréements audacieux, ballasts : Tabarly est un pionnier, toujours à l’avant-garde. Il domine les plus grandes courses au large, de la Sydney-Hobart au Fastnet, et devient une référence pour toute une génération de navigateurs, dont Olivier de Kersauson et Marc Pajot. Son art de la mer se double d’un style de commandement sobre mais ferme, où la compétence prime sur la notoriété. Naviguer avec Tabarly, c’est apprendre, se surpasser et entrer dans la légende.
Une disparition en mer, une légende intacte
En juin 1998, à bord de Pen Duick (le tout premier, restauré), Tabarly convie quelques amis pour rallier l’Écosse et participer à une régate de vieux gréements. La nuit du 12 au 13 juin, une forte vague le projette à la mer. Son équipage ne parvient pas à le retrouver malgré des recherches immédiates. Son corps ne sera repêché qu’un mois plus tard, le 18 juillet, par un chalutier irlandais. Cette fin, tragique mais presque écrite, scelle l’image d’un homme entièrement voué à l’océan.
Tabarly n’était pas un homme de spectacle. Il refusait les interviews, les sponsors trop visibles, les effets de manche. Mais il a conquis les Français par sa constance, son courage, son humilité. Officier de la Marine, ingénieur de génie, navigateur visionnaire, il incarne l’excellence et la liberté. À sa mort, une cérémonie nationale lui est dédiée aux Invalides, puis en mer. Son héritage, lui, continue de voguer sur les flots, dans chaque course au large, dans chaque rêve de marin.