Du 9 mai au 22 novembre 2026, la 61e Biennale internationale d’art contemporain de Venise ouvre ses portes sous le thème « In Minor Keys » (en fréquences mineures), placée sous le commissariat posthume de la Suisso-camerounaise Koyo Kouoh, première femme africaine à assurer ce rôle dans l’histoire de la Biennale. Pour représenter la France, le ministère de la Culture, le ministère des Affaires étrangères et l’Institut français ont retenu la plasticienne franco-marocaine Yto Barrada. Née à Paris en 1971, vivant entre Tanger et New York, elle est connue pour un travail pluridisciplinaire nourri d’archives et de transmission orale. Elle est également cofondatrice de la Cinémathèque de Tanger. Son installation, intitulée Comme Saturne, est accompagnée par la commissaire Myriam Ben Salah, directrice de la Renaissance Society à Chicago.
Le textile comme matière originelle, Saturne comme figure tutélaire
Au cœur du projet, une technique singulière : le « dévoré », un procédé consistant à ronger le velours à l’acide pour en révéler de nouveaux motifs. Cette technique fait écho à la célèbre formule de Vergniaud prononcée avant sa décapitation en 1793 : « Comme Saturne, la révolution dévore ses enfants. » C’est cette ambiguïté entre beauté et violence qui a aimantée Yto Barrada. Le textile — tissus, teinture, laine — est au centre de tout. « Il est au centre de tout, fragile et quotidien », explique l’artiste. Le parcours du Pavillon français se déroule en plusieurs espaces distincts : des cerfs-volants en cuir de chèvre ouvrent l’exposition ; la Salle des plis accueille de grands rideaux de laine décolorés par la lumière et partiellement animés par un mécanisme ; la Salle de travail plonge dans l’obscurité des Saturnales antiques ; la Salle des Lumières interroge le duel entre teinture naturelle et couleurs de synthèse industrielles ; enfin, la Salle du dévoré incarne la violence saturnienne, la matière rongée par l’acide proposant une lecture de l’altération comme stratégie à la fois esthétique et politique.
Un pavillon pensé comme « un outil de survie poétique »
Pour Yto Barrada, le Pavillon français doit fonctionner comme « un outil de survie poétique », rythmé d’alternances et de répétitions. En résonance avec la pensée de Koyo Kouoh — qui invitait à se tourner vers l’invisible, le lent et l’ancestral — l’installation propose de ralentir pour décrypter ces « fréquences mineures » à travers des récits transfrontaliers et intergénérationnels. L’ensemble traverse plusieurs disciplines : textile, sculpture, film, édition. L’artiste travaille par glissements : un mot en appelle un autre, une technique ouvre sur un mythe, une couleur renvoie à une histoire matérielle, et une erreur devient un geste créateur. L’installation avait été présentée en avant-première au public à la Halle Saint-Pierre à Paris le 25 mars.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.