Un Warhol à la benne : “Nous le regrettons profondément”
Warhol

La disparition d’une œuvre d’Andy Warhol, représentant l’ancienne reine Beatrix des Pays-Bas, provoque la stupeur aux Pays-Bas. Selon une enquête indépendante rendue publique jeudi 24 avril, cette sérigraphie aurait été accidentellement jetée lors de travaux de rénovation d’une mairie à Uden, dans le Brabant-Septentrional. Un incident qui illustre des lacunes majeures dans la gestion des œuvres publiques.

Une sérigraphie disparue dans les gravats municipaux

L’alerte a été donnée à la fin de l’année 2024. Alors que la mairie d’Uden, désormais intégrée à la commune de Maashorst, était en plein chantier de rénovation, une œuvre d’Andy Warhol a été signalée manquante. L’artiste américain, figure phare du pop art, avait réalisé une série de portraits de reines dans les années 1980, dont celui de Beatrix des Pays-Bas. Cette œuvre, considérée comme une pièce rare, faisait partie d’une collection de 46 objets artistiques municipaux qui ont disparu.

Pour comprendre ce qu’il s’était passé, la municipalité a mandaté l’agence de recherche indépendante BING. Celle-ci a conduit une série d’entretiens entre novembre 2024 et mars 2025. Le rapport est sans appel : le tableau aurait été jeté avec les encombrants. Les œuvres, non répertoriées de manière formelle, ont été déplacées sans procédure ni encadrement. La confusion autour de la propriété des pièces, combinée à l’absence de consignes claires en matière de conservation, a conduit à leur élimination involontaire. Selon BING, les objets artistiques n’ont fait l’objet d’aucune attention particulière, certains ayant été entreposés dans des conditions précaires, exposés à la poussière et à l’humidité au sous-sol du bâtiment.

Des erreurs humaines aux conséquences culturelles durables

Le maire de Maashorst a reconnu publiquement les négligences, déclarant à la chaîne régionale Omroep Brabant : « Ce n’est pas ainsi que l’on s’occupe des objets de valeur. Mais c’est arrivé. Nous le regrettons. » L’œuvre concernée appartient vraisemblablement à la série Reigning Queens, que Warhol a produite en deux éditions : une version standard de 40 exemplaires et une édition « royale », ornée d’un effet pailleté. Aux côtés de Beatrix, cette série immortalisait aussi les reines Élisabeth II (Royaume-Uni), Marguerite II (Danemark) et Ntfombi Tfwala (Eswatini).

Si aucune estimation officielle n’a été communiquée, la valeur d’un tel tirage signé Warhol peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros sur le marché de l’art. Mais au-delà de l’aspect financier, la perte révèle une faillite structurelle dans la gestion du patrimoine artistique local. L’affaire rappelle que de nombreuses collectivités hébergent des œuvres majeures sans toujours en avoir conscience, ni les moyens ou les procédures adéquates pour les protéger.

La municipalité affirme désormais vouloir tirer les leçons de cette affaire. Des réformes sont annoncées, notamment la création d’un inventaire numérique, l’établissement de protocoles de conservation, ainsi qu’une meilleure formation des agents publics aux enjeux de préservation culturelle. Mais pour cette sérigraphie de Warhol, il semble déjà trop tard.

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