Un trésor érotique de Pompéi restitué par l’Allemagne plus de 80 ans après son pillage par un officier nazi
Un trésor érotique de Pompéi restitué par l’Allemagne plus de 80 ans après son pillage par un officier nazi

Plus de huit décennies après avoir été arraché à son lieu d’origine par un officier nazi durant la Seconde Guerre mondiale, un précieux fragment de mosaïque romaine à caractère érotique a enfin retrouvé sa place au parc archéologique de Pompéi, en Italie. L’œuvre, représentant un couple partiellement nu dans une scène d’intimité domestique, a été remise à l’Italie par l’Allemagne à l’issue d’une démarche diplomatique discrète, selon un communiqué diffusé mardi par les carabiniers italiens chargés de la protection du patrimoine culturel.

Cette mosaïque, fixée sur une dalle de travertin et datée entre la fin du Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C., avait été dérobée dans la région de Pompéi, près de Naples, par un capitaine allemand chargé de la logistique militaire. Le soldat nazi l’avait ensuite offerte à un civil allemand, qui la conserva jusqu’à sa mort. C’est sa famille, prenant conscience de l’origine illicite de la pièce, qui a contacté les autorités italiennes pour organiser sa restitution.

Pour Gabriel Zuchtriegel, directeur germano-italien du site archéologique de Pompéi, cette œuvre marque un tournant culturel dans l’histoire de l’art romain. Contrairement aux représentations mythologiques grandiloquentes des siècles précédents, elle montre une scène de la vie privée, plus intime et quotidienne. « C’est une nouvelle thématique : l’amour domestique de tous les jours », a-t-il commenté, notant avec une pointe d’humour que le visage masculin représenté dans la scène « semble presque un peu ennuyé ».

Ce retour symbolique intervient dans un contexte de sensibilisation croissante à la restitution des œuvres d’art spoliées durant les conflits du XXe siècle. L’Italie, en particulier, multiplie les efforts pour rapatrier les artefacts disparus pendant la guerre, avec le soutien d’autres États européens. Le geste des héritiers allemands est salué comme un acte de responsabilité morale et de coopération internationale.

La mosaïque rejoint désormais les centaines d’objets exposés à Pompéi, l’un des sites archéologiques les plus emblématiques du monde, enseveli lors de l’éruption du Vésuve en l’an 79 apr. J.-C. Elle viendra enrichir la lecture de la vie quotidienne dans la Rome antique, où l’érotisme, loin d’être tabou, faisait pleinement partie de l’expression artistique et culturelle.

Cette restitution illustre également le rôle central joué aujourd’hui par les autorités culturelles italiennes dans la traque des œuvres disparues et leur réintégration au patrimoine national. Une œuvre volée, une mémoire retrouvée — et une histoire d’amour antique désormais à nouveau visible par tous.

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