Un dessin oublié de Picasso refait surface à Oradour-sur-Glane
Picasso Oradour-sur-Glane

Le livre d’or de la « Caravane de la paix », conservé à l’abri des regards depuis des décennies, contient un dessin rare et poignant de Pablo Picasso. Il sera exceptionnellement présenté au public ce 11 avril à Oradour-sur-Glane.

Un hommage artistique et politique au cœur d’un lieu martyr

Le 12 juin 1949, cinq ans après le massacre d’Oradour-sur-Glane par la division SS Das Reich, une « Caravane de la paix » rassemblant plus de 10 000 personnes traverse le village en ruines. Initié par le physicien Frédéric Joliot-Curie, cet événement, porté par le Parti communiste français, veut conjurer la peur d’un nouveau conflit mondial alors que la guerre froide débute. Parmi les figures intellectuelles et artistiques invitées : Louis Aragon, Fernand Léger, Marcelle Gromaire… et Pablo Picasso.

Chacun contribue à un livre d’or intitulé Hommage des intellectuels français à Oradour-sur-Glane, déposé symboliquement à la mairie du village. C’est là que le précieux carnet dort dans l’oubli pendant près de quarante ans, jusqu’à ce que Raymond Frugier, maire dans les années 1990, décide de le confier aux Archives départementales de la Haute-Vienne. Selon Michel Sarter, directeur des archives, ce recueil, estimé entre trois et cinq millions d’euros, constitue un « témoignage unique d’engagement et de mémoire ».

Une œuvre rare, symbole de paix et de résistance

Au sein de ce carnet, figure un dessin inédit de Pablo Picasso, baptisé L’Enfant d’Oradour. Cette gouache sur papier représente un visage d’enfant aux traits hispaniques. Selon les spécialistes, il pourrait s’agir d’un hommage aux deux jeunes Espagnols tués dans l’église lors du massacre de 1944. Le style et la symbolique du dessin s’inscrivent dans la continuité des engagements du peintre contre les totalitarismes, déjà exprimés dans Guernica.

Protégé dans un coffre-fort, ce dessin a été qualifié de « Joconde d’Oradour » par Michel Sarter, tant il incarne la mémoire tragique du village et la fragilité de la paix. Le reste du livre contient une dizaine d’œuvres originales, dont celles de Fernand Léger, Robert Couturier ou encore Boris Taslitzky. À l’approche d’une exposition permanente prévue en 2027 au Centre de la mémoire d’Oradour rénové, la ville souhaite faire reconnaître ce livre comme « Trésor national ».

Une soirée spéciale est organisée ce 11 avril à la bibliothèque municipale d’Oradour pour dévoiler ce témoignage artistique au public, avec la projection du documentaire Willy Ronis, une journée à Oradour et une conférence sur Louis Aragon. Un retour en lumière pour un objet d’art et de mémoire qui, plus de 75 ans après, continue de porter un message de paix universelle.

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