Sauvée de la guerre en Ukraine, la sculpture Origami Deer entame une tournée européenne
Sauvée de la guerre en Ukraine, la sculpture Origami Deer entame une tournée européenne

Arrachée à Pokrovsk, ville de l’est de l’Ukraine ravagée puis occupée par l’armée russe, une sculpture monumentale de Zhanna Kadyrova traverse aujourd’hui l’Europe avant de rejoindre la Biennale de Venise en mai. Cette tournée de six pays donne à l’œuvre une portée nouvelle : celle d’un exil forcé, mais aussi d’un message politique, alors que le retour annoncé d’artistes russes à Venise provoque une vive contestation.

Une œuvre déplacée comme des millions d’Ukrainiens

Baptisée Origami Deer, cette sculpture en béton représentant un cerf stylisé avait été installée en 2019 dans un parc de Pokrovsk, à la place d’un ancien avion militaire soviétique. Face à l’avancée des troupes russes, l’artiste Zhanna Kadyrova et l’historien Leonid Marushchak ont décidé de l’évacuer en 2024. Depuis, l’œuvre a entamé un périple européen avec des étapes à Varsovie, Vienne et Prague, avant de poursuivre sa route vers Berlin, Bruxelles et Paris.

Pour Zhanna Kadyrova, qui s’est exprimée auprès de l’AFP lors du passage de la sculpture à Prague, ce cerf retiré de son socle évoque directement « les millions d’Ukrainiens qui ont perdu leur foyer » et vivent désormais loin de chez eux. Son apparence d’origami n’est pas seulement formelle : elle renvoie aussi à la fragilité des promesses diplomatiques. L’artiste explique à l’AFP que cette référence vise le mémorandum de Budapest de 1994, par lequel l’Ukraine avait abandonné son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité restées lettre morte. « Ce n’est donc rien de plus que du papier », résume-t-elle.

Venise en ligne de mire, sur fond de polémique

Origami Deer doit devenir la pièce centrale du pavillon ukrainien à la 61e Biennale de Venise, prévue du 9 mai au 22 novembre, dans une exposition intitulée Security Guarantees. Mais sa présence à Venise s’inscrira dans un climat tendu, car des artistes russes doivent également y être montrés, après avoir été exclus des éditions 2022 et 2024 à la suite de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine.

Leonid Marushchak a dénoncé cette décision auprès de l’AFP avec une formule cinglante : « Si les Russes veulent montrer leur culture, ils feraient mieux d’organiser une biennale à Pokrovsk, qu’ils ont détruite. » Depuis le début de la guerre, cet historien de l’art participe à l’évacuation d’œuvres menacées dans l’est du pays. Il a déjà sauvé des dizaines de pièces, parfois au péril de sa vie, notamment une statue de lion vieille de 700 ans extraite d’un musée de Bakhmout en 2023, juste avant la chute de la ville. L’équipe ukrainienne ne prévoit pas de manifestation à Venise, mais espère toujours qu’une mobilisation internationale fera pression sur l’organisation pour empêcher la participation russe.

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