Marseille : l’exposition “Bonnes Mères” au Mucem démonte le mythe maternel
Marseille : l’exposition “Bonnes Mères” au Mucem démonte le mythe maternel

Au Mucem, “Bonnes Mères” démonte le mythe maternel

Avec Bonnes Mères, visible jusqu’au 31 août, le Mucem de Marseille consacre son exposition de printemps à la maternité, non pour l’idéaliser, mais pour en montrer les tensions, les usages et les contradictions. À partir de la figure marseillaise de la “Bonne Mère”, l’institution élargit la réflexion à toutes les représentations de la mère, entre culte, injonction sociale, puissance symbolique et réalités très concrètes.

Une exposition qui fissure l’image de la mère idéale

Le parcours rassemble 350 œuvres et objets venus de 20 pays du pourtour méditerranéen, dont 120 issus des collections du musée, selon l’AFP. L’ensemble traverse les imaginaires religieux, politiques, populaires et intimes pour montrer combien la maternité a été exaltée, codifiée, récupérée, mais aussi vécue de façon multiple.

L’exposition prend soin de ne pas enfermer les femmes dans une image unique. Interrogée par l’AFP, la co-commissaire Anne-Cécile Mailfert rappelle d’ailleurs qu’aborder la maternité depuis un regard féministe oblige à rester vigilants, tant celle-ci a longtemps fonctionné comme une attente imposée aux femmes. C’est tout l’enjeu de Bonnes Mères : faire apparaître ce qui se cache derrière la figure rassurante, sacrée ou héroïsée de la mère.

L’affiche elle-même annonce ce déplacement. On y découvre une Vierge à l’enfant du duo Pierre et Gilles, qui détourne l’iconographie traditionnelle en l’inscrivant dans un décor urbain plus rugueux. Cette relecture donne le ton d’une exposition qui préfère la complexité aux images pieuses.

De la déesse à la daronne, des corps réels aux combats contemporains

Le Mucem déploie ainsi une histoire très large des maternités. On y croise des déesses antiques, des vierges chrétiennes, des mères patriotiques, mais aussi des œuvres consacrées à l’accouchement, à la fertilité, à la PMA, à l’avortement, au deuil ou à la transmission. Selon l’AFP, le parcours va des “déesses mères” aux figures plus contemporaines de “mater dolorosa” ou de mères protectrices parfois inquiétantes.

Cette diversité permet de remettre les corps au centre : corps glorifiés, surveillés, exploités ou empêchés. Là se joue l’un des aspects les plus intéressants de l’exposition, qui relie les mythes anciens aux débats actuels sur la charge domestique, l’autonomie reproductive ou les nouvelles formes de parentalité. La dernière partie s’attarde d’ailleurs sur l’héritage transmis entre mères, filles et fils, jusqu’à un “CV de la Bonne mère” conçu à partir d’ateliers d’écriture, notamment avec des femmes détenues, toujours selon l’AFP.

En refusant de réduire la maternité à un modèle lisse et sacrificiel, Bonnes Mères propose moins un hommage qu’un vaste démontage critique. Et c’est précisément ce qui en fait une exposition forte : elle rend enfin à la figure maternelle toute son épaisseur politique, sociale et humaine.

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