Le MADD de Bordeaux rouvre après quatre ans de travaux
Le MADD de Bordeaux rouvre après quatre ans de travaux

C’est une réouverture que les Bordelais attendaient depuis janvier 2023. Le mercredi 22 avril, le musée des Arts décoratifs et du Design a retrouvé son public rue Bouffard, dans une ambiance de grande fête culturelle : une longue file s’étirait jusqu’à la porte Dijeaux avant même l’ouverture, et la cour d’honneur s’est rapidement remplie d’une foule dense. Le maire Thomas Cazenave, qui a rappelé dans son discours « l’impulsion d’Alain Juppé » au démarrage du projet, a qualifié l’événement de « beau projet de continuité républicaine », soulignant que ce chantier s’était déployé sur plusieurs mandats. Ce retour ne marque toutefois pas l’achèvement complet des travaux : l’ouverture de l’hôtel particulier rénové est annoncée pour 2027.

Un chantier de 14 millions d’euros entre hôtel du XVIIIe et ancienne prison du XIXe

Le projet architectural, confié à l’agence Antoine Dufour Architectes, s’est attaqué à une configuration rare : relier un hôtel particulier du XVIIIe siècle et une ancienne prison municipale du XIXe, tous deux classés monuments historiques, sans effacer leurs identités respectives. La solution retenue est un pavillon de verre et d’acier qui fait la jonction entre les deux bâtiments, décollé de « deux centimètres du bord » des murs existants pour signaler clairement l’ajout contemporain. Les murs en pierre cachés sous des cloisons ou des faux plafonds ont été mis au jour, la lumière naturelle a été travaillée pour « lécher les œuvres » selon l’architecte Aymeric Antoine — ce que ce dernier décrit comme « très rare dans un musée ». L’opération représente plus de 14 millions d’euros, financés par la Ville, l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Union européenne et un mécène. Bilan : 1 800 m² de surface d’exposition, plus de 500 œuvres restaurées durant la fermeture, 200 tonnes de matériaux réemployés et une réduction annoncée de 40 % des consommations énergétiques.

Trois expositions inaugurales, dont un hommage bouleversant à Pauline Deltour

La programmation d’ouverture s’articule autour de trois expositions. La première, intitulée Morceaux choisis, présente des feuilles anciennes issues de la collection de dessins du galeriste bordelais Jacques Sargos. La deuxième, Céramiques, corps sensibles, réunit 80 pièces de l’Antiquité à nos jours, d’un vase de la période Nagada à des sculptures de porcelaine contemporaines. La troisième, et sans doute la plus émouvante, s’empare des espaces de l’ancienne prison pour rendre hommage à Pauline Deltour, designer française disparue en 2021 à seulement 38 ans. En dix ans de carrière, elle avait imaginé 180 objets pour une cinquantaine de marques — bijoux, mobilier, vélo pour La Poste, corbeilles pour Alessi. Ses proches ont chacun choisi un objet pour lui rendre hommage, souvent des cadeaux : des éponges fantaisistes ramenées d’Asie pour son père, un album pour enfant choisi par sa fille parce qu’elle le lui lisait souvent. Cette exposition, visible jusqu’au 21 septembre 2026, conjugue portrait intime et trajectoire créative avec une intensité rare.

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