Au Festival d’Avignon 2025, Tiago Rodrigues signe une fiction d’anticipation poignante entre un père resté sur Terre et sa fille installée sur Mars. Une pièce sensible sur la mémoire, l’héritage et l’urgence écologique.
Un huis clos interplanétaire au cœur d’un futur désenchanté
Sur la scène tournante de L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène, deux solitudes se répondent sans jamais se croiser. Nous sommes en 2077. Tandis que les Terriens luttent contre la précarité et les dérèglements climatiques, une partie de l’humanité a fui vers Mars. Ali, resté sur Terre, tente de maintenir le contact avec sa fille Amina, qui s’est volontairement exilée sur la planète rouge pour bâtir un nouveau monde. Ils ne se voient jamais, mais échangent via des messages vocaux : une communication longue distance, émotionnellement périlleuse.
Dans La Distance, Tiago Rodrigues oppose deux visions du futur : l’une, idéaliste mais soumise à un pouvoir autoritaire sur Mars ; l’autre, lucide et désabusée sur une Terre en ruines. Le dialogue entre les deux protagonistes devient le théâtre d’une transmission fragile et bouleversante, sous la menace d’un effacement programmé : dans la société martienne, les nouveaux colons — les « Oubliants » — doivent effacer leur passé pour intégrer le présent. Le père n’a que quelques jours pour inscrire son souvenir dans la mémoire de sa fille.
Un drame intime sous la lumière crue du politique
Adama Diop et Alison Dechamps incarnent avec intensité cette relation suspendue entre espoir et renoncement. La scénographie, faite d’un plateau tournant et de décors en miroir, matérialise leur éloignement autant que leur lien. La pièce interroge autant l’amour filial que les fractures idéologiques d’une époque où la survie semble nécessiter l’oubli. Le texte de Rodrigues mêle humanisme, émotion retenue et critique du pouvoir, en dénonçant la promesse illusoire d’un monde neuf reproduisant les travers de l’ancien.
Présentée le 7 juillet dans le cadre du Festival d’Avignon, La Distance a été ovationnée par un public conquis. En s’emparant de la science-fiction pour explorer une problématique universelle — la peur de ne plus transmettre —, Tiago Rodrigues réussit un spectacle à la fois intime et politique, soutenu par une mise en scène sobre et saisissante. La pièce est à l’affiche jusqu’au 26 juillet.