Entre théâtre et chorégraphie, “Respire et Danse (Comme un papillon)” explore la souffrance psychologique dans un langage corporel poétique et bouleversant
Respire et Danse (Comme un papillon)

Avec Respire et Danse (Comme un papillon), la compagnie La Tribu signe une œuvre originale bouleversante et magnifiquement incarnée, où le théâtre et la danse s’entrelacent pour aborder, avec délicatesse et intensité, les fragilités de l’âme. Après une première série de représentations au Théâtre La Flèche, puis au Studio Hébertot, la pièce continue son envol avec deux nouvelles dates en mai. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Une exploration sensorielle de la chute intérieure

Passée par la formation de comédie musicale du Cours Florent – à l’instar de la totalité des artistes de sa troupe – Émilie Nicolle livre avec Respire et Danse (Comme un papillon) une œuvre aussi intime qu’universelle, inspirée par la perte d’un proche. Au centre de la pièce, Robin, jeune danseur en proie à une instabilité psychique grandissante, incarne cette fracture intérieure qui gagne peu à peu sur le quotidien. Porté avec une intensité bouleversante par Pablo Bruneau, le personnage cristallise les thèmes de la maladie mentale, de la difficulté à tenir ses engagements, de l’isolement progressif et de l’usure des liens.

Mais Respire et Danse n’est pas une œuvre bavarde. C’est au corps qu’elle donne la parole, avec une rare intensité. L’alternance entre scènes jouées et passages chorégraphiques offre un équilibre subtil et puissant : là où les mots échouent, les gestes prennent le relais. Chaque mouvement semble dire l’indicible – le repli, la peur, la rage, mais aussi l’élan, le désir de vie, l’amour. Le travail chorégraphique signé Sarah Pugin, Emilie Nicolle et Clément Barbertéguy, allié à une scénographie dépouillée et sensible, donne à voir une forme de beauté brute, organique, sans effets superflus.

Une création de troupe à la fois délicate et intensément incarnée

Au-delà du récit de Robin, c’est tout un groupe – ses amis, sa famille, ses amours – qui gravite autour de lui, tentant de comprendre, de l’aider, parfois de se protéger. La distribution, composée de dix comédiens et comédiennes, fonctionne comme un chœur vivant. On sent une osmose rare sur scène, une complicité qui traverse les gestes, les regards, les silences. Parmi eux, Dorianne Koyalisse, Marie Bucas-Français, Violette Berizzi, Oréade Gagneux Lagrèze ou encore Clément Barbertéguy se distinguent par une présence vibrante, toujours au service du collectif.

Il y a dans cette pièce une pudeur qui force le respect : pas de pathos, pas d’explication psychologique. La maladie est montrée pour ce qu’elle est, avec ses ambiguïtés, son absurdité parfois. Le spectacle touche parce qu’il ne cherche pas à convaincre, mais à ressentir. Et c’est peut-être là sa plus grande force : transformer la douleur en art, le chaos en beauté, l’absence en présence.

Respire et Danse (Comme un papillon) est une œuvre rare dans le paysage théâtral parisien. Une œuvre de jeunes artistes, passionnés, qui font le pari du corps, du collectif et de la sincérité. À découvrir de toute urgence les 17 et 31 mai au Studio Hébertot. On en ressort ému, chamboulé… et profondément vivant.

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