Deborah de Robertis, l’insoumise qui transforme l’art en acte de résistance
Deborah de Robertis, l’insoumise qui transforme l’art en acte de résistance

Dans un monde artistique encore structuré par des rapports de domination persistants, Déborah de Robertis s’impose comme une figure radicale, libre et profondément nécessaire. À travers ses performances, l’artiste franco-luxembourgoise (d’origine Italienne), l’insoumise qui transforme l’art en acte de résistancene cherche pas à plaire ni à s’inscrire dans les codes établis : elle les fracture. Son travail s’inscrit dans une lutte frontale contre les mécanismes de pouvoir, les silences imposés et les violences systémiques qui traversent le milieu de l’art.

Depuis ses débuts, elle revendique une pratique intrinsèquement politique. Son corps devient un médium, un outil de confrontation directe avec les structures patriarcales. Là où l’histoire de l’art a souvent réduit le corps féminin à un objet de contemplation, Deborah de Robertis le transforme en sujet actif, en force de dénonciation. Sa performance Miroir de l’Origine, réalisée en 2014 au musée d’Orsay, a marqué un tournant décisif en redonnant présence et regard à une figure féminine historiquement effacée.

Miroir De L’origine, Réalisée En 2014 Au Musée D’orsay

Mais son engagement dépasse le cadre symbolique. Il s’ancre dans une expérience personnelle et une volonté de faire émerger des vérités longtemps étouffées. En 2026, à la suite d’un signalement, une enquête préliminaire a été ouverte par le commissariat du 17e arrondissement de Paris. Son avocate, Marie Dosé, a confirmé le dépôt d’une plainte pour viols et agressions sexuelles visant trois personnalités du monde de l’art : Juan D’oultremont, François Odermatt et Bernard Marcadé. Par cette démarche, l’artiste inscrit son combat dans une réalité judiciaire, refusant désormais toute forme d’omerta.

Au NRW Forum, une performance qui expose l’invisible

Sa performance récente à Düsseldorf, réalisée au NRW Forum dans le cadre de l’exposition Sex Now, le 28 mars dernier, s’inscrit dans cette continuité. Intitulée Ceci n’est pas un viol, en référence à Magritte, elle prend la forme d’un reenactment d’un abus qu’elle a vécu. Sur scène, un performeur, Marcus Kreiss, incarne un commissaire d’exposition à travers une transformation par effets spéciaux. La pénétration digitale non simulée, volontairement frontal, vise à rendre visible ce qui est habituellement dissimulé.

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La performance est brutalement interrompue par les agents de sécurité, qui recouvrent la scène sous des draps avant l’intervention de la police. Les artistes sont convoqués en justice. L’institution, quant à elle, nie la participation de Déborah de Robertis à l’exposition devant les autorités, malgré la reconnaissance antérieure de son travail par le commissaire Alain Bieber comme emblématique du mouvement #MeToo. Une situation qui souligne, selon l’artiste, une contradiction flagrante entre discours progressiste et pratiques de censure.

Dans cette confrontation, Deborah de Robertis dénonce une violence institutionnelle assumée. Elle interroge un monde de l’art qui, selon elle, reste l’un des derniers espaces à entretenir une forme d’omerta post-#MeToo. Pour l’artiste, il existe un lien direct entre la mise sous silence des violences et l’invisibilisation des œuvres produites par les femmes. Le contrôle exercé sur les carrières artistiques devient alors un levier d’emprise sur les corps eux-mêmes.

Transformer OnlyFans en galerie d’art contemporaine

Contactée par Entrevue, Deborah de Robertis revendique un détournement assumé de la plateforme OnlyFans. Elle explique que, jeune artiste, elle a été confrontée à des rapports de domination où certains hommes, en position de pouvoir, ont exploité sa vulnérabilité économique pour exercer une emprise sur son corps et sa carrière. Selon elle, ce système, encore largement structuré par des logiques prédatrices, fragilise les femmes artistes et favorise des formes de contrôle insidieuses.

Aujourd’hui, elle affirme renverser ce rapport de force en investissant OnlyFans comme un espace de réappropriation. Plus qu’une simple exposition du corps, elle y met en scène des images et des vidéos pensées comme des actes politiques, visant à dénoncer les abus et à révéler les mécanismes de pouvoir à l’œuvre dans le monde de l’art. Derrière une apparente dimension érotique, son travail s’inscrit dans une logique de confrontation et de réappropriation symbolique, où elle affirme son autonomie et redéfinit les règles du regard.

L’artiste souligne toutefois les limites du dispositif : OnlyFans obéit à des codes précis, souvent dictés par une logique marchande et des attentes masculines. Refuser de s’y conformer signifie aussi renoncer à une rentabilité immédiate. Son projet reste donc, pour l’heure, avant tout conceptuel, en constante évolution. Elle précise également que certains sujets, comme les violences ou les abus, y sont eux-mêmes soumis à des formes de censure, nécessitant là encore des stratégies de contournement.

De nouvelles images et vidéos viendront prochainement enrichir ce travail, dans une volonté de poursuivre cette exploration des rapports entre corps, pouvoir, censure et représentation.

Créer pour survivre, créer pour dénoncer

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Son travail le plus récent intègre également l’intelligence artificielle comme outil de reconstruction. À travers une série intitulée Rape Tapes, elle utilise ces technologies pour reconstituer sa mémoire traumatique à partir d’éléments réels. Là où certains détournent l’IA pour produire des violences numériques, elle en fait un instrument de réappropriation, inversant le regard pour exposer celui de l’agresseur et briser les mécanismes de domination.

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Cette vidéo de l’époque est la seule de la série à ne pas avoir recours à l’intelligence artificielle, un choix délibéré qui nourrit l’ambiguïté recherchée par l’artiste. L’homme qui y apparaît, volontairement pixelisé, avec une voix retravaillée, a déposé plainte en 2024 pour atteinte à la vie privée. Cette réaction fait suite à la diffusion d’une ancienne vidéo, enregistrée quinze ans plus tôt, lors d’un échange intime survenu peu après ses études, à l’occasion d’un jury artistique. Dans cet enregistrement, l’homme tenait des propos explicites que l’artiste cite aujourd’hui pour contextualiser son travail et dénoncer certaines pratiques.

Un élément renforce encore la portée symbolique de cette démarche : l’œuvre qu’elle avait dérobée lors de l’exposition dont il assurait le commissariat, intitulée « Je pense donc je suce » d’Annette Messager. Accrochée à son domicile et visible dans la vidéo, cette pièce a permis à l’artiste de l’identifier. Par ce geste, Déborah de Robertis tisse un lien entre mémoire personnelle, critique institutionnelle et détournement artistique, faisant de cette séquence un point de convergence entre vécu, preuve et création.

La création artistique, mêlant performance live et vidéos, s’affirme comme un geste de refus absolu. Déborah de Robertis y affirme avec force que, si les hommes de pouvoir ont pu exercer une emprise sur la femme, ils ne parviendront pas à détruire l’artiste. À travers son œuvre, elle impose une parole, une présence et une lutte qui redessinent les contours de l’art contemporain et rappellent que la création peut aussi être un acte de survie et de justice.

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