C’est un espace de seulement 7 m², une mansarde modeste éclairée par une lucarne, sans lit, ni tableau. Et pourtant, la chambre n°5 de l’Auberge Ravoux, où Vincent van Gogh a passé les 70 derniers jours de sa vie en 1890, pourrait bientôt devenir le plus petit musée du monde. L’idée n’a rien de farfelu : elle est portée depuis près de quarante ans par Dominique-Charles Janssens, président de l’Institut Van Gogh, bien décidé à honorer le vœu du peintre… et son propre coup de foudre pour ce lieu hors du temps.
Une chambre vide, mais pleine de présence
Van Gogh avait confié à son frère Théo qu’il rêvait, un jour, d’exposer ses œuvres dans un simple café. Ce rêve, Dominique-Charles Janssens a voulu le réaliser à sa manière. Après avoir racheté l’Auberge Ravoux en 1986, il l’a restaurée à l’identique, sans jamais tomber dans le piège du pastiche ou du musée encombré. Le cœur du projet : garder la chambre vide. « Il n’y a rien à voir, mais tout à ressentir », dit-il souvent. C’est là que l’artiste a peint sans relâche – plus de 70 tableaux en deux mois – et c’est là aussi qu’il s’est éteint, deux jours après s’être blessé mortellement.
Pas de mobilier, hormis une simple chaise, et des murs blancs où subsistent, paraît-il, des traces invisibles de ses toiles en train de sécher. L’atmosphère est intacte, presque suspendue. À côté, la chambre de son voisin, le peintre Anton Hirschig, est quant à elle meublée dans le style de l’époque, pour évoquer les conditions de vie des artistes de la fin du XIXe siècle.
Un tableau pour une chambre, et un musée en devenir
Depuis des années, l’Institut Van Gogh tente d’obtenir le prêt d’une toile réalisée par le peintre à Auvers-sur-Oise pour l’accrocher dans cette chambre. Le projet, plusieurs fois retardé, semble aujourd’hui en bonne voie. L’œuvre choisie, pour l’instant gardée secrète, évoquerait les paysages champêtres du village, immortalisés par Van Gogh dans ses dernières semaines. Une fois installée, la chambre deviendrait officiellement un musée, certes minuscule, mais porteur d’une charge émotionnelle unique.
En attendant ce jour, les visiteurs peuvent déjà découvrir ce lieu rare, guidés par des passionnés qui racontent avec ferveur les derniers instants de Van Gogh, ses lettres à Théo, ses douleurs, ses espoirs. La visite s’achève par un film dans les combles de l’auberge, retraçant le séjour de l’artiste à travers ses mots et ses tableaux.
Et pour prolonger l’expérience, on peut s’attabler dans le restaurant de l’Auberge, reconstitué avec soin, où l’on sert des plats à la manière de 1890, entre cuisine flamande et tradition française. Un déjeuner à la bonne franquette, dans un lieu où le passé semble encore respirer.