Alors que les discussions internationales sur l’avenir de Gaza avancent péniblement, le Hamas renforce de plus en plus son contrôle sur le territoire. Dans un climat marqué par la lente mise en place du plan présenté par Washington, les habitants affirment que le mouvement islamiste multiplie les mesures d’autorité, de la régulation des prix alimentaires à la taxation de produits importés, malgré les démentis du gouvernement.
Depuis l’instauration du cessez-le-feu le mois dernier, le Hamas a repris le contrôle des zones abandonnées par Israël, exécutant des dizaines de Palestiniens accusés de collaboration, de vol ou d’autres crimes. Les puissances étrangères demandent son désarmement et son retrait du pouvoir, mais aucun accord n’a encore été trouvé sur une administration de remplacement. Selon une douzaine de Gazaouis interrogés, la présence du Hamas est désormais omniprésente : contrôle des marchandises, taxation officieuse du carburant et des cigarettes, et amendes infligées aux commerçants accusés de gonfler les prix.
Le Hamas dément toute hausse d’impôts et affirme simplement encadrer les marchés pour éviter le chaos en période de pénurie. Son gouvernement, assure-t-il, prépare « une transition en douceur » vers une future administration technocratique. Mais les fluctuations constantes des prix, l’absence de revenus et l’approche de l’hiver alimentent la frustration. « C’est comme à la bourse », résume un habitant de Nuseirat, où les Gazaouis affrontent toujours des conditions de vie extrêmement difficiles malgré l’arrivée de davantage d’aide depuis le cessez-le-feu.
Le plan américain défendu par le président Donald Trump cessez-le-feu, libération des otages, constitution d’une autorité de transition, déploiement d’une force multinationale, désarmement du Hamas et début de la reconstruction reste largement bloqué. Reuters rapportait cette semaine qu’une partition de facto de Gaza semblait de plus en plus probable, les forces israéliennes maintenant une présence sur plus de la moitié du territoire. Dans la pratique, la quasi-totalité des deux millions de Gazaouis vit aujourd’hui dans des zones administrées par le Hamas, installé au pouvoir depuis son conflit avec le Fatah en 2007.
Pour plusieurs analystes, le Hamas profite du vide politique. En attendant une nouvelle gouvernance encore hypothétique, le mouvement cherche à prouver qu’il demeure incontournable. « Plus la communauté internationale attend, plus le Hamas s’enracine », estime le chercheur Ghaith al-Omari. À Washington, un porte-parole du département d’État a affirmé qu’« il est clair que le Hamas ne peut pas et ne gouvernera pas Gaza », assurant que la formation d’un nouveau gouvernement dépendra de l’approbation du plan américain par l’ONU.
Mais sur le terrain, les signes de continuité du pouvoir du Hamas s’accumulent : remplacement de gouverneurs et de membres du bureau politique tués pendant la guerre, maintien du versement des salaires uniformisés à 1 500 shekels et renforcement de sa présence administrative. Selon des habitants et des importateurs, les autorités « voient et enregistrent tout », multipliant les contrôles et pénalisant les manipulateurs de prix. Pour certains observateurs, cette stratégie traduit une volonté de consolider le pouvoir tant qu’aucune alternative politique viable n’a été mise en place.