Coup de frein inattendu à Stuttgart. Porsche a annoncé lundi 25 août qu’il renonçait à produire ses propres cellules de batteries, un projet présenté il y a trois ans comme stratégique pour l’avenir électrique de la marque. En cause, des volumes jugés trop faibles et des économies d’échelle impossibles à atteindre face à la concurrence asiatique. Le patron du constructeur, Oliver Blume, a reconnu que l’ambition d’une production maison ne tenait plus économiquement. « L’électromobilité restera toutefois essentielle pour nos voitures de sport », a-t-il insisté, tout en confirmant que Porsche continuerait à équiper ses modèles de batteries, mais fournies par des partenaires extérieurs.
Un site pilote à l’arrêt et 200 emplois supprimés
La décision signe l’arrêt de l’usine pilote de Cellforce, filiale de Porsche implantée près de Stuttgart. Cette unité avait vu le jour en 2021 avec un soutien public de 60 millions d’euros et devait atteindre une capacité annuelle d’1 GWh, soit l’équivalent énergétique pour 10 000 véhicules. Au lieu de devenir un pôle industriel, le site se limitera désormais à la recherche et au développement de cellules de batteries. Conséquence directe : 200 des 286 salariés seront licenciés, même si certains devraient être reclassés au sein de PowerCO, la branche batteries du groupe Volkswagen.
Un revers de plus pour l’Europe des batteries
Ce retrait illustre les difficultés du Vieux Continent à peser dans une filière dominée par les géants chinois comme CATL. Les ambitions européennes se heurtent à une dure réalité industrielle : produire à petite échelle coûte trop cher. Le secteur traverse d’ailleurs une crise profonde. Au printemps, le suédois Northvolt, considéré comme le champion européen de la batterie, a déposé le bilan avant que ses actifs ne soient repris par l’américain Lyten. En renonçant, Porsche envoie un signal inquiétant : sans volumes massifs et soutiens colossaux, l’Europe peine à bâtir une filière crédible face aux mastodontes étrangers. Derrière le discours sur l’avenir électrique, la dépendance aux batteries importées semble plus forte que jamais.