Une équipe internationale menée par le chercheur français Laurent Davin a mis au jour une figurine en argile exceptionnelle datant de 12 000 ans, dans un ancien village de chasseurs-cueilleurs situé à Nahal Ein Gev II, en Israël. Il s’agirait de la plus ancienne représentation connue d’une interaction entre un être humain et un animal, marquant un tournant dans l’histoire de l’art préhistorique et des systèmes de croyances.
Une œuvre minuscule, une portée majeure
Façonnée en argile cuite et colorée à l’ocre rouge, la figurine mesure seulement 37 millimètres. Elle représente une femme penchée en avant, partiellement enveloppée par une oie. Ce type de scène, non liée à la chasse, semble évoquer un récit symbolique ou mythologique, une rareté pour cette période située à la charnière entre l’Épipaléolithique récent et les débuts du Néolithique.
Contrairement aux représentations paléolithiques européennes souvent axées sur des animaux isolés ou des scènes de chasse cette figurine met en avant une relation étroite, presque fusionnelle, entre humain et animal. Pour les chercheurs, elle reflète une pensée animiste, dans laquelle les êtres humains et les animaux partagent un monde spirituellement interconnecté.
Une avancée dans la compréhension de l’art ancien
L’étude, publiée dans la revue PNAS, souligne plusieurs avancées majeures : il s’agirait non seulement de la plus ancienne représentation naturaliste d’une femme en Asie du Sud-Ouest, mais aussi d’une preuve que les premières sociétés sédentaires développaient déjà des formes complexes d’expression artistique, au-delà du simple utilitaire ou décoratif.
Grâce à une analyse pluridisciplinaire (archéométrie, géoarchéologie, étude des empreintes digitales, etc.), l’équipe a pu attribuer la fabrication de l’objet à un jeune adulte, probablement une femme. Le modelage révèle des techniques sophistiquées pour créer des effets de relief et de perspective, signe d’une véritable maîtrise artistique.
Une pièce rituelle dans un site symbolique
La figurine a été retrouvée dans un bâtiment identifié comme rituel, ce qui renforce l’hypothèse de son usage symbolique ou religieux. Les archéologues ont également découvert des éléments indiquant l’usage de plumes d’oies dans des ornements, suggérant une place centrale de cet animal dans l’imaginaire et les pratiques de l’époque.
Cette découverte s’inscrit dans un ensemble plus vaste de transformations culturelles ayant eu lieu dans la région du Croissant fertile, où l’on observe, dès cette époque, les premières traces de domestication, de sédentarisation et d’art figuratif complexe.
Une pièce unique à valeur universelle
Laurent Davin, qui avait déjà participé à la découverte des plus anciens instruments à vent du Proche-Orient en 2023, estime que cette figurine permet d’approcher « une façon d’être au monde » propre aux premières communautés humaines du Levant. Elle témoigne aussi de l’ancienneté des récits fondateurs, bien avant l’invention de l’écriture.
Alors que les vestiges de la Préhistoire offrent souvent des fragments de vie technique ou alimentaire, cette figurine ouvre une fenêtre sur l’imaginaire. Elle révèle que dès les débuts du Néolithique, les femmes, les animaux, et les croyances formaient déjà un tout cohérent, mis en scène avec sensibilité dans l’argile. Une voix silencieuse, mais éloquente, sortie du passé.