Labellisation des médias : Lisnard dénonce un virage orwellien du macronisme
Labellisation des médias : Lisnard dénonce un virage orwellien du macronisme

La polémique enfle autour de l’idée d’un « label » des bons médias. Emmanuel Macron, lors d’échanges successifs avec des lecteurs de la presse régionale, a expliqué vouloir créer un dispositif permettant de distinguer les « sites d’information » des plateformes commerciales, adossé à une certification professionnelle censée garantir la « déontologie » journalistique. Une initiative présentée comme un outil contre la désinformation, mais qui réveille dans le pays de la liberté de la presse une inquiétude évidente.

« Une dérive liberticide » : David Lisnard tire l’alarme

Pour David Lisnard, il ne s’agit plus d’un simple dérapage présidentiel, mais d’un avertissement démocratique majeur. Le maire LR de Cannes a publié ce week-end un long message sur X, après avoir passé au crible mot à mot les déclarations d’Emmanuel Macron sur la création d’un label des « bons sites d’information ». Et son verdict est sans appel : le seuil critique est franchi.

« Alerte rouge. En démocratie, on ne délègue pas à une instance agréée par l’exécutif le pouvoir de dire ce qui serait fiable. On garantit le pluralisme et la liberté, on ne les certifie pas. (…) La tentation de labelliser les “bons médias” traduit une dérive liberticide particulièrement grave. »

Car derrière la promesse d’un simple outil de “fiabilisation” se profile en réalité une mécanique de tri idéologique, un dispositif appelé à classer les discours, filtrer les plateformes et tracer une frontière entre ce que le pouvoir jugerait recevable et ce qu’il considérerait comme déviant. Une vision du paysage médiatique qui ressemble bien davantage à une logique de contrôle héritée des régimes autoritaires qu’à une politique publique moderne.

Un scandale démocratique : “On a franchi une ligne rouge”

La réaction ne vient pas seulement de la droite institutionnelle. L’écrivain Alexandre Jardin, à l’initiative du mouvement des #Gueux, parle d’un « projet délirant », d’un dispositif « quasi orwellien ».

« Quand on m’en a parlé, j’ai cru à une intox. C’est authentique. On y est. »

Il décrit une presse déjà sous pression et résume la nature du danger : « Imaginer qu’un pouvoir puisse tamponner le réel, c’est avoir perdu le sens moral le plus élémentaire. Nos libertés fondamentales ne se tripotent pas dans un bureau. »

Même alerte du côté des spécialistes. Sur Europe 1, l’expert du numérique Fabrice Epelboin dénonce une volonté de « resserrer la liberté de l’information » : une « régression » visible dans plusieurs pays européens, et désormais assumée au sommet de l’État français.

Au-delà des nuances politiques, un constat s’impose : la labellisation de l’information n’est pas un outil technique, mais un basculement idéologique. Un pouvoir affaibli qui prétend dire le vrai et le faux, trier les médias, surveiller les contenus, installe les prémices d’un contrôle politique de la parole publique. Un glissement orwellien que chacun, en France, devrait regarder pour ce qu’il est : un scandale démocratique en puissance.

Partager