Anderlecht : sécurité renforcée pour le débat du Centre Jean Gol sur les Frères musulmans
Anderlecht : sécurité renforcée pour le débat du Centre Jean Gol sur les Frères musulmans

Le sujet est explosif et les organisateurs l’ont bien compris. Le Centre Jean Gol, centre d’études du Mouvement Réformateur (MR), organisent ce mercredi soir une conférence-débat à Anderlecht consacrée aux Frères musulmans. Conscients de la sensibilité du thème et de la notoriété de certains invités, menacés depuis plusieurs années, les organisateurs ont annoncé un renforcement important des mesures de sécurité autour de l’événement.

Selon La Capitale, un des intervenants bénéficie actuellement d’une protection judiciaire, ce qui a contribué à mobiliser policiers et dispositifs de surveillance supplémentaires. Si les organisateurs ne donnent pas de noms, il est de notoriété publique que deux participants figurant à l’affiche vivent sous protection policière en France : le journaliste Mohamed Sifaoui, auteur de nombreuses enquêtes sur l’islamisme radical, et la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler, spécialiste du frérisme et auteure de l’ouvrage Le Frérisme et ses réseaux (2023), qui lui a valu de sérieuses menaces de mort.

La conférence se déroule en deux parties. La première réunit Marc Uyttendaele, avocat et constitutionnaliste, et Mohamed Sifaoui, autour d’un débat sur la place des Frères musulmans en Europe et en Belgique. La seconde donne la parole à Florence Bergeaud-Blackler, qui expose les résultats de ses recherches, avant une séance de questions-réponses avec le public. La conclusion est assurée par le président du MR, Georges-Louis Bouchez, et par le député Denis Ducarme.

Les services de sécurité mettent en garde contre l’influence croissante des Frères musulmans

Si le thème attire l’attention, c’est qu’il touche à une question sensible en Belgique. Depuis plusieurs années, les services de sécurité mettent en garde contre l’influence croissante des Frères musulmans dans les mosquées, associations et cercles académiques. La Sûreté de l’État considère cette mouvance comme une menace prioritaire dans le champ de l’extrémisme, estimant qu’elle diffuse une idéologie islamiste compatible avec la légalité démocratique, mais visant à long terme une transformation profonde de la société.

Ce débat organisé par le think tank libéral prend aussi place dans un climat politique où la Belgique est parfois accusée d’être devenue le “Belgikistan”, expression utilisée par certains observateurs pour dénoncer un supposé laxisme à l’égard de l’islamisme. Les attentats de 2016 à Bruxelles, les réseaux liés à Molenbeek, mais aussi les polémiques autour de certaines associations accusées de proximité avec le frérisme, alimentent ces critiques.

« Nous voulons ouvrir les yeux sur un enjeu majeur de sécurité et de cohésion sociale »

Pour le MR, il s’agit de montrer qu’un parti politique doit oser mettre ces sujets sur la table, quitte à provoquer la controverse. « Nous voulons ouvrir les yeux sur un enjeu majeur de sécurité et de cohésion sociale », souligne l’entourage du Centre Jean Gol. Pour les intervenants, c’est aussi une manière de rappeler que les menaces qui pèsent sur eux illustrent la violence de certaines mouvances islamistes face à toute critique.

Mais l’initiative n’est pas sans risque. Les détracteurs dénoncent une stratégie électoraliste qui pourrait accentuer les divisions et stigmatiser une partie de la population musulmane. Les organisateurs, eux, insistent : la cible n’est pas l’islam en tant que religion, mais bien une idéologie politique, celle des Frères musulmans.

La soirée d’Anderlecht est donc un révélateur : d’un côté, la nécessité de parler sans tabou d’une organisation qui inquiète les services de renseignement européens ; de l’autre, la preuve qu’aborder ce sujet en Belgique exige désormais des mesures de sécurité exceptionnelles.

Lahcen Isaac Hammouch
Journaliste et Correspondant de Entrevue.fr

« Nous Voulons Ouvrir Les Yeux Sur Un Enjeu Majeur De Sécurité Et De Cohésion Sociale »
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