Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a averti vendredi qu’il pourrait être contraint de suspendre, dès février prochain, son aide alimentaire à destination de millions de personnes vulnérables dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), en raison d’un manque de financements jugé sans précédent.
« Nos financements sont à un niveau historiquement bas. Nous avons probablement reçu environ 150 millions de dollars cette année », a déclaré Cynthia Jones, directrice du PAM pour la RDC. L’agence estime pourtant avoir besoin de 350 millions de dollars pour répondre aux besoins humanitaires dans le pays, en proie à une grave crise alimentaire et à des conflits persistants.
Selon les dernières données publiées par un organisme international de surveillance de la sécurité alimentaire, plus de 3,2 millions de personnes sont confrontées à une situation d’urgence dans l’est du Congo, où les pénuries alimentaires et les taux de malnutrition aiguë atteignent des niveaux alarmants. Les affrontements récurrents entre les forces congolaises et les rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, ont aggravé la crise. Kigali nie toute implication dans ces violences, tandis que les deux camps ont été accusés d’atrocités.
Face à la pénurie de fonds, le PAM a déjà dû réduire son assistance : il aidait auparavant environ un million de personnes par mois, mais ne peut désormais en soutenir que 600 000. « Si nous continuions à toucher 600 000 personnes par mois, nous serions complètement débordés d’ici février ou mars. C’est la réalité. La situation est extrêmement grave », a averti Cynthia Jones.
Le contraste est saisissant avec les années précédentes : l’agence recevait jusqu’à 600 millions de dollars de financement annuel, contre seulement 380 millions en 2024 et 150 millions cette année. Cette chute brutale s’explique par les coupes budgétaires dans l’aide étrangère américaine et par la réorientation des budgets de plusieurs grands donateurs européens, désormais concentrés sur les dépenses de défense.
Si aucun financement supplémentaire n’est débloqué dans les prochains mois, le PAM prévient que des millions de Congolais risquent d’être laissés sans assistance alimentaire dans une région déjà ravagée par les conflits et la faim.