Des hommes armés ont attaqué mardi soir une église de la ville d’Eruku, dans l’État de Kwara, tuant au moins deux personnes et enlevant le pasteur ainsi que plusieurs fidèles, ont indiqué la police et des témoins mercredi. Cette attaque survient quelques jours seulement après l’enlèvement de 25 élèves dans un internat pour filles, accentuant encore la pression sur le gouvernement nigérian.
L’attaque a eu lieu en plein office religieux, vers 18 heures. Des fidèles priaient lorsque des coups de feu ont retenti et que des hommes armés ont fait irruption dans le bâtiment. Une vidéo authentifiée par Reuters montre les fidèles se mettre à couvert alors que les assaillants progressent dans l’église apostolique du Christ, emportant les biens des paroissiens sous une pluie de tirs. La police a découvert deux victimes tuées par balles — l’une à l’intérieur du bâtiment, l’autre dans un buisson voisin — tandis que des témoins affirment avoir compté au moins trois morts. Les assaillants ont ensuite emmené des fidèles, dont le pasteur, dans la brousse. Le nombre exact de personnes kidnappées reste incertain.
Cette attaque dramatique ajoute à un climat de tension extrême. Le président américain Donald Trump a récemment critiqué Abuja, menaçant d’une intervention militaire face à ce qu’il décrit comme une « persécution des chrétiens ». Le président nigérian Bola Tinubu, confronté à une vague d’indignation et à des pressions internationales croissantes, a reporté un déplacement prévu en Afrique du Sud et en Angola afin de recevoir des rapports sécuritaires sur les deux attaques. Il a ordonné le déploiement de renforts dans l’État de Kwara et demandé aux forces de sécurité de « tout mettre en œuvre » pour retrouver les écolières enlevées au lycée public de Kebbi.
La rappeuse américaine Nicki Minaj a également pris la parole mardi à la mission américaine auprès de l’ONU, appelant à une mobilisation internationale pour protéger la liberté religieuse. Selon elle, au Nigéria, « les chrétiens sont pris pour cible, chassés de leurs foyers et tués », des propos qui reflètent une inquiétude grandissante au niveau mondial.
Le Nigéria fait face depuis des années à une insurrection islamiste dans le nord-est, à des enlèvements massifs perpétrés par des bandes armées dans le nord-ouest, ainsi qu’à des affrontements meurtriers entre éleveurs majoritairement musulmans et agriculteurs souvent chrétiens dans la ceinture centrale du pays. Le gouvernement rejette la désignation américaine du Nigéria comme « pays particulièrement préoccupant », estimant qu’elle caricature la complexité des défis sécuritaires du pays et néglige ses efforts pour garantir la liberté religieuse.
Face à l’attaque d’Eruku, le gouverneur de l’État de Kwara a demandé un renforcement immédiat des dispositifs de sécurité. Pendant ce temps, les autorités sont toujours à la recherche des jeunes filles enlevées lundi dans l’État de Kebbi, tandis que le vice-président Kashim Shettima devait s’y rendre mercredi pour rencontrer les responsables locaux et les familles des victimes.