Réunie à Londres autour des enjeux de l’intelligence artificielle générative appliquée à l’éducation, la communauté internationale a posé les bases d’un cadre commun visant à encadrer l’usage de ces technologies à l’école. À cette occasion, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, a porté la position française lors d’un sommet de haut niveau consacré à une IA éducative à la fois performante, éthique et centrée sur l’humain. Invitée par Bridget Phillipson, secrétaire d’État britannique à l’Éducation, la représentante française a participé, hier 19 janvier, aux échanges organisés à Londres, qui ont rassemblé responsables politiques, organisations internationales et acteurs majeurs du secteur de l’edtech. L’objectif affiché consistait à dégager un consensus international sur les conditions d’un déploiement sécurisé et équitable de l’IA dans les systèmes éducatifs.
Former, protéger, réduire les inégalités
Au cœur des discussions, plusieurs priorités ont émergé, nourries par des retours d’expérience concrets issus des salles de classe. La délégation française a notamment insisté sur la nécessité d’apprendre très tôt aux élèves à interroger les outils d’intelligence artificielle, à en comprendre les limites et à repérer les biais potentiels. Cette approche vise à préserver l’autonomie intellectuelle des élèves et à renforcer leur esprit critique, dans un contexte où les usages numériques deviennent de plus en plus précoces. La question de la sécurité a également occupé une place centrale. Les échanges ont mis en avant l’importance d’intégrer des garanties dès la conception des outils, en particulier lorsqu’ils s’adressent à des enfants. Cette exigence de protection des publics les plus jeunes a été présentée comme un prérequis non négociable pour toute diffusion à grande échelle de solutions d’IA éducative. Autre enjeu souligné, celui de la formation des enseignants. Les participants ont convergé sur l’idée que l’intelligence artificielle ne peut constituer un soutien efficace aux apprentissages que si les professionnels de l’éducation sont accompagnés dans sa prise en main. La formation continue apparaît ainsi comme un levier essentiel pour permettre aux enseignants de maîtriser ces outils, de les intégrer de manière pertinente dans leurs pratiques et d’en garder la maîtrise pédagogique. Enfin, l’accès équitable aux technologies a été identifié comme un point de vigilance majeur. Sans politiques publiques volontaristes, l’IA pourrait accentuer les fractures éducatives existantes. À l’inverse, un déploiement encadré et inclusif est perçu comme un moyen de réduire certaines inégalités, notamment territoriales ou sociales.
Le rôle central des États et la coopération internationale
Les travaux ont également réaffirmé la responsabilité première des États et des systèmes éducatifs dans la régulation des usages de l’IA à l’école. Si les développeurs et fournisseurs de solutions technologiques sont appelés à assumer une part de responsabilité, les pouvoirs publics demeurent garants du cadre éthique, juridique et pédagogique dans lequel ces outils s’inscrivent. À l’issue du sommet, les participants ont exprimé leur volonté de renforcer la coopération internationale et intersectorielle afin de faire de l’intelligence artificielle un levier de réussite éducative et de bien-être pour les élèves. La position défendue par la France s’inscrit dans cette logique, en rappelant que l’IA n’a vocation ni à remplacer l’enseignant ni à affaiblir la relation éducative, mais à la compléter. Cette rencontre londonienne marque ainsi une étape supplémentaire dans la construction d’une gouvernance internationale de l’IA éducative, où innovation technologique et exigences humaines sont appelées à avancer de concert.