Ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Nice, le parquet a requis 30 mois de prison contre Owen Cenazandotti, alias Naruto, dont 18 mois avec sursis probatoire, soit un an ferme, dans le dossier des violences diffusées en live avant la mort de Jean Pormanove. Une amende de 30.000 euros a également été demandée contre lui.
Contre Safine Hamadi, alias Safine, le ministère public a requis 18 mois de prison avec sursis probatoire et 15.000 euros d’amende. Pour les deux prévenus, la procureure a aussi demandé un « bannissement numérique », présenté comme une interdiction à vie de publier sur les plateformes.
Un procès sur les violences, pas sur les causes directes de la mort
Owen Cenazandotti, 27 ans, et Safine Hamadi, 24 ans, sont jugés pour violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d’images violentes et provocation à la haine ou à la violence. Les faits concernent les coups, humiliations et scènes diffusées pendant plusieurs années autour de Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, ainsi que de Stéphane G., surnommé Coudoux, présenté comme vulnérable et placé sous curatelle.
Jean Pormanove est mort le 18 août 2025, à 46 ans, lors d’un live de longue durée sur Kick. L’autopsie a écarté une origine traumatique et l’intervention directe d’un tiers dans le décès, en évoquant des causes probables médicales et/ou toxicologiques. Le procès de Nice vise donc les violences et humiliations reprochées aux deux streamers, pas une qualification d’homicide.
« Les violences sont le programme »
Dans son réquisitoire, la procureure Maud Marty a dénoncé une dérive construite autour de la souffrance filmée. Elle a estimé que « le simple fait que la mort [de Jean Pormanove] soit survenue en live traduit la dérive ». Elle a aussi décrit « un système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation », en ajoutant : « les violences sont le programme, elles font le scénario ».
Entre 2023 et 2025, les lives étaient organisés depuis un studio à Contes, près de Nice, d’abord sur Twitch puis sur Kick après plusieurs sanctions. Les audiences pouvaient atteindre des niveaux très importants : environ 20.000 internautes en moyenne devant chaque direct, avec des pics bien plus élevés. La chaîne était devenue l’une des plus suivies en France sur Kick.
Naruto parle de « pièce de théâtre », Safine dit ne pas être « fier »
À l’audience, Naruto a défendu l’idée d’un spectacle mis en scène. Il a parlé d’une « pièce de théâtre », de « cinéma », et affirmé que le but était d’aller chercher des réactions. Il a aussi soutenu que l’ambiance restait bonne et que le groupe ne percevait pas le mal provoqué par ces séquences.
Safine a adopté une ligne plus contrite. Il a dit ne pas être « fier » et même être « dégoûté » de certaines de ses actions. Cette différence de posture a été relevée dans les débats, alors que le parquet a demandé des peines distinctes contre les deux hommes.
Une affaire devenue symbole des dérives du streaming extrême
La mort de Jean Pormanove avait provoqué une forte émotion, car elle s’était produite en direct, au terme d’un live marqué par des scènes de violences et d’humiliations. Avant son décès, Raphaël Graven apparaissait régulièrement dans des vidéos où il subissait gifles, insultes, projections d’eau, coups ou mises en scène dégradantes, souvent présentées par les participants comme du divertissement.
Le dossier dépasse désormais le seul tribunal correctionnel de Nice. Une enquête parallèle vise aussi la plateforme Kick, afin d’examiner son rôle, sa rémunération éventuelle des streamers et les moyens mis en place pour empêcher ces contenus. À ce stade, les réquisitions ne valent pas condamnation : Naruto et Safine restent présumés innocents jusqu’au jugement.