Negina Khalili et sa famille avaient tout vendu en Afghanistan pour tenter une nouvelle vie aux États-Unis. Après leur arrivée sur une base américaine au Qatar en janvier, ils s’apprêtaient à franchir la dernière étape du processus d’émigration. Treize jours plus tard, l’administration Trump revenait au pouvoir et suspendait brutalement le programme d’accueil des réfugiés, les laissant bloqués, sans solution, dans un camp à Doha.
Comme Khalili, environ 1 200 réfugiés afghans attendent aujourd’hui dans ce centre géré par le département d’État américain, sans savoir s’ils pourront un jour atteindre le sol américain. « Les renvoyer en Afghanistan serait extrêmement dangereux pour ma famille », affirme-t-elle. Ancienne procureure, elle a fui son pays lors du retrait chaotique de 2021, à la suite du retour au pouvoir des talibans.
Parmi les réfugiés coincés au Qatar figure également Saliha, une avocate qui avait fondé son propre cabinet pour aider les femmes victimes de violences conjugales à obtenir un divorce. Après avoir été menacée par les talibans, elle a fui avec sa famille et espérait un accueil rapide aux États-Unis. Aujourd’hui, elle redoute d’être expulsée. « Notre seul tort est d’avoir aidé les femmes afghanes », témoigne-t-elle, amère.
Depuis janvier, l’administration Trump a suspendu indéfiniment le programme de réinstallation des réfugiés. Seuls les détenteurs de visas spéciaux d’immigrant, généralement délivrés aux interprètes ayant travaillé avec l’armée américaine, peuvent encore espérer entrer aux États-Unis — à leurs propres frais. Ceux qui étaient en cours de procédure sont désormais dans une impasse, comme les réfugiés du Qatar ou ceux contraints de fuir vers le Pakistan, où les autorités ont multiplié les expulsions vers l’Afghanistan.
Face à cette crise humaine et diplomatique, des groupes d’aide comme #AfghanEvac appellent les États-Unis à honorer leurs engagements. L’un de leurs responsables, Shawn VanDiver, souligne que « 200 personnes à la base du Qatar sont des proches de militaires américains ». Lundi, un juge fédéral a ordonné au gouvernement d’autoriser l’entrée de quelque 12 000 réfugiés déjà approuvés, contredisant l’estimation bien plus basse de l’administration.
Dans l’attente d’une décision définitive, le département d’État affirme « réfléchir activement à l’avenir du programme de relocalisation afghan ». Pour les familles bloquées, comme celle de Khalili, le temps presse : « Ils sont déprimés et ne savent pas ce qui va leur arriver. Moi, je pense à eux tous les jours. »