LE CAIRE – Le Conseil de défense soudanais, organe rattaché à l’armée, a annoncé mardi 6 mai la rupture officielle des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, accusant Abou Dhabi de soutenir militairement les Forces de soutien rapide (RSF), la milice rivale de l’armée soudanaise dans le conflit civil qui déchire le pays depuis plus de deux ans.
Cette décision marque une escalade majeure dans la guerre civile soudanaise. Le Conseil affirme que les Émirats ont fourni aux RSF des armes sophistiquées, leur permettant de mener depuis dimanche des frappes massives et coordonnées sur des infrastructures stratégiques à Port-Soudan, principal point d’entrée de l’aide humanitaire et bastion de l’armée dans l’est du pays.
« Les Émirats arabes unis sont désormais considérés comme un État agresseur », a déclaré le Conseil dans un communiqué, ajoutant qu’il « se réserve le droit de répondre à l’agression par tous les moyens disponibles pour défendre la souveraineté et l’intégrité du territoire national ».
Les Émirats arabes unis n’ont cessé de démentir ces allégations. Néanmoins, plusieurs experts des Nations Unies et membres du Congrès américain les jugent crédibles, s’appuyant sur des rapports d’ONG faisant état d’acheminements d’armes à destination des RSF. Le dernier rapport d’un groupe d’experts de l’ONU, publié en avril, ne mentionne toutefois pas explicitement l’implication d’Abou Dhabi, se contentant d’évoquer sa participation aux discussions de paix.
Cette rupture intervient alors que le Soudan a récemment porté plainte devant la Cour internationale de justice (CIJ), accusant les Émirats de violer la Convention sur le génocide en alimentant la violence au Darfour via leur soutien présumé aux RSF. Lundi, la CIJ a estimé qu’elle n’avait pas compétence pour se prononcer sur l’affaire.
Le conflit soudanais, qui oppose l’armée régulière aux forces paramilitaires depuis avril 2023, a provoqué une crise humanitaire d’ampleur. Les combats ont déplacé plus de 12 millions de personnes et plongé la moitié de la population dans une insécurité alimentaire grave, selon l’ONU. Les récentes frappes sur Port-Soudan aggravent encore cette situation, en menaçant l’acheminement de l’aide internationale et en intensifiant les tensions régionales.