Attentat au colis piégé à Monaco : pour l’analyste Maciej Korowaj, « le motif politico-économique est le plus probable »
Attentat au colis piégé à Monaco : pour l’analyste Maciej Korowaj, « le motif politico-économique est le plus probable »

Près de deux semaines après la tentative d’assassinat visant l’homme d’affaires ukrainien Vadym Iermolaiev à Monaco, les enquêteurs poursuivent leurs investigations sans privilégier de piste. « Toutes les pistes sont encore sur la table », a récemment rappelé le procureur général de Monaco, Stéphane Thibault.

Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, l’analyse de Maciej Korowaj, spécialiste polonais des questions de sécurité, de renseignement et des conflits en Europe de l’Est, publiée par Monaco Hebdo, apporte un éclairage géopolitique sur cette affaire qui dépasse, selon lui, le simple règlement de comptes.

Un oligarque devenu un symbole

Pour Maciej Korowaj, la personnalité de Vadym Iermolaiev est centrale pour comprendre l’attaque.

L’homme d’affaires, fondateur du conglomérat Alef et installé à Monaco, fait partie de ce que plusieurs médias ukrainiens surnomment le « bataillon de Monaco », une expression désignant les oligarques ayant quitté l’Ukraine depuis le début de la guerre pour s’établir sur la Côte d’Azur.

Selon l’analyste, ces grandes fortunes sont désormais perçues par une partie de l’opinion ukrainienne comme le symbole d’une élite ayant échappé aux sacrifices imposés par la guerre, tandis que le pays continue de subir les conséquences du conflit.

Il rappelle également que Vadym Iermolaiev fait l’objet de sanctions décidées par Kiev depuis 2023, notamment en raison d’activités économiques poursuivies en Crimée après son annexion par la Russie.

« Le motif politico-économique est le plus probable »

Pour Maciej Korowaj, les éléments actuellement connus conduisent à privilégier une lecture politico-économique.

« Dans le cas de Vadym Iermolaiev, selon des analyses fondées sur les données disponibles, le motif politico-économique est, à mon avis, le plus probable », explique-t-il à Monaco Hebdo.

L’expert estime que cette attaque s’inscrit dans un contexte où la guerre en Ukraine approche progressivement d’une nouvelle phase politique, marquée par des discussions autour d’un éventuel cessez-le-feu et par la perspective de futurs règlements de comptes financiers et judiciaires.

Un attentat conçu comme un message

L’un des points centraux de son analyse concerne le mode opératoire.

Selon Maciej Korowaj, le choix d’un engin explosif placé devant l’entrée de l’immeuble, plutôt que directement sous le véhicule de la victime ou sur un trajet emprunté quotidiennement, traduit une logique différente de celle d’une simple élimination physique.

À ses yeux, il s’agirait avant tout d’une « opération de signalement » destinée à envoyer un avertissement.

L’objectif aurait été de démontrer que les auteurs connaissaient parfaitement les habitudes de la victime, son lieu de résidence et son environnement familial.

Toujours selon lui, le message ne viserait pas uniquement Vadym Iermolaiev mais également les autres membres du « bataillon de Monaco », leur rappelant que leur éloignement géographique ne les mettrait pas nécessairement à l’abri.

Trois scénarios étudiés

Dans son entretien, Maciej Korowaj insiste sur le fait qu’il ne formule pas de certitudes mais présente plusieurs hypothèses de travail.

La première, qu’il juge la plus cohérente au regard des éléments disponibles, serait celle d’une pression informelle provenant d’acteurs ukrainiens contre un oligarque sanctionné par Kiev.

Le deuxième scénario serait celui d’un règlement de comptes entre oligarques issus de l’ex-espace soviétique, même si l’analyste estime que le niveau de sophistication de l’opération dépasse habituellement celui observé dans ce type de conflits privés.

Enfin, un troisième scénario évoque une opération sous faux pavillon destinée à discréditer l’Ukraine, hypothèse qu’il considère néanmoins comme moins probable.

Monaco face à une menace nouvelle

Au-delà des auteurs de l’attentat, Maciej Korowaj estime que cette affaire révèle les limites du modèle sécuritaire monégasque.

Selon lui, malgré un réseau de vidéosurveillance exceptionnel et une forte présence policière, la Principauté ne dispose pas de véritables capacités de contre-espionnage comparables à celles des grandes puissances.

Il considère ainsi que Monaco est devenue non pas une cible en elle-même, mais un théâtre d’opérations où peuvent se jouer les rivalités géopolitiques importées par certains de ses résidents les plus fortunés.

Une analyse qui ne préjuge pas des conclusions de l’enquête

L’analyse de Maciej Korowaj apporte une grille de lecture stratégique à une affaire hors norme, mais elle ne constitue pas les conclusions de l’enquête judiciaire.

Les autorités monégasques poursuivent leurs investigations avec leurs partenaires internationaux afin de déterminer l’origine de l’engin explosif, d’identifier les éventuels commanditaires et d’établir le mobile exact de cette tentative d’assassinat.

Partager

Communauté

Commentaires

Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.