L’Union européenne a haussé le ton lundi après la publication de la nouvelle stratégie de sécurité américaine. Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a mis en garde Washington contre toute tentative d’influencer le choix des électeurs européens, dénonçant une approche « inacceptable » de la part de l’administration Trump. Pour lui, seuls les citoyens du continent décident quels partis doivent gouverner, et aucune puissance extérieure ne peut se substituer à eux.
Le document stratégique américain, dévoilé vendredi, critique durement les politiques migratoires et les lois sur la liberté d’expression en Europe tout en laissant entendre un soutien implicite aux partis situés à la droite de l’échiquier politique. Une ingérence à peine voilée, estime Costa, qui rappelle que les alliés ne menacent pas les processus démocratiques internes de leurs partenaires. Il a également fustigé les géants technologiques américains, accusés d’empiéter sur la liberté d’informer, un pilier selon lui indissociable de la liberté d’expression.
Ce changement d’attitude marque une rupture nette avec la période Biden, durant laquelle Washington cherchait à resserrer les liens transatlantiques. Dans son texte, la Maison-Blanche affirme vouloir restaurer une relation « stable » avec Moscou et mettre un terme à la guerre en Ukraine, non pour garantir une paix durable, mais pour retrouver une forme d’équilibre stratégique avec la Russie. Des éléments qui ont immédiatement séduit le Kremlin, qui dit retrouver dans cette doctrine la traduction de sa propre vision géopolitique.
Pour Costa, le passage consacré à l’Ukraine en dit long : la stratégie américaine privilégie la fin rapide des combats plutôt qu’un accord juste et sécurisé pour Kiev. Une approche qui inquiète Bruxelles, où plusieurs responsables rappellent que la Russie resterait une menace directe si elle sortait renforcée du conflit. Des services de renseignement européens estiment même qu’en cas de victoire russe, Moscou pourrait être en mesure de lancer de nouvelles offensives sur le continent dans un délai de trois à cinq ans.
Ainsi, derrière la joute verbale entre l’UE et Washington, c’est une fracture stratégique profonde qui apparaît : l’Europe redoute une Amérique prête à sacrifier ses intérêts pour rétablir la paix avec Moscou, tandis que les Européens tentent encore de préserver une ligne plus ferme face au Kremlin.