Mahmoud Abbas fête ses 90 ans, toujours à la tête d’une Autorité palestinienne affaiblie, limitée à quelques enclaves de Cisjordanie, et plus impopulaire que jamais. Après vingt ans au pouvoir sans élections, son influence s’effondre alors que les Palestiniens affrontent une crise existentielle et que la perspective d’un État palestinien semble s’éloigner davantage chaque année.
Un président affaibli, contesté et marginalisé
La quasi-totalité des Palestiniens rejettent aujourd’hui Abbas. Selon un sondage d’octobre, 80 % des habitants de Cisjordanie et de Gaza demandent sa démission. Le président, reclus dans son quartier général de Ramallah, gouverne entouré d’un cercle restreint et verrouillé, au sein duquel il a désigné Hussein al-Sheikh comme successeur. Beaucoup lui reprochent d’avoir abandonné toute initiative politique alors que l’offensive israélienne contre le Hamas a ravagé Gaza, que les colonies s’étendent en Cisjordanie et que des ministres de la droite israélienne appellent désormais à l’annexion pure et simple du territoire.
Abbas, pourtant élu en 2005 dans l’espoir de relancer un processus de paix, a vu son autorité s’effondrer en 2007, lorsque le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Depuis, son pouvoir se limite à des zones fragmentées de Cisjordanie, sous la domination économique et sécuritaire totale d’Israël. Benyamin Netanyahou, opposé à la création d’un État palestinien, a selon ses anciens homologues œuvré à affaiblir l’Autorité palestinienne, malgré sa coopération sécuritaire avec Israël, jugée par une grande partie des Palestiniens comme une collaboration avec l’occupation.
Cette inaction nourrit la colère de la population, en particulier des jeunes, privés de toute perspective politique. Selon les analystes, l’absence de stratégie d’Abbas renforce paradoxalement le soutien au Hamas, perçu même par ses critiques comme un acteur qui agit, à tort ou à raison, « au nom des Palestiniens ». Pour nombre d’observateurs, Abbas est devenu un obstacle, incapable d’incarner une alternative politique crédible ni de canaliser la colère populaire.
Washington propose qu’un conseil international administre Gaza après la guerre, laissant à une future administration palestinienne la gestion des services. L’Autorité palestinienne pourrait y jouer un rôle, à condition de mener des réformes. Abbas promet des élections après la guerre et vient d’annoncer, avec la France, un projet de nouvelle constitution, mais la majorité des Palestiniens n’y croient pas. Si un scrutin était organisé, le favori serait Marwan Barghouti, emprisonné par Israël depuis 2002.
Malgré quelques gestes, comme la suspension du ministre des transports accusé de corruption, peu imaginent Abbas retrouver un rôle central à Gaza ou dans un futur processus politique. Pour ses détracteurs, son maintien symbolise l’impasse actuelle : un dirigeant affaibli qui ne peut ni réformer, ni unir, ni faire pression sur Israël.
Selon plusieurs analystes, Israël devrait continuer à écarter l’Autorité palestinienne de Gaza, car un rapprochement politique entre Gaza et la Cisjordanie renforcerait mécaniquement les revendications pour un État palestinien. Un scénario que Netanyahou et ses alliés entendent éviter à tout prix.