C'était un 9 juillet : L'avènement de Catherine II la Grande
C'était un 9 juillet : L'avènement de Catherine II la Grande

Le 9 juillet 1762, trois régiments de la garde impériale russe se soulèvent contre le tsar Pierre III et prêtent serment de fidélité à son épouse, Catherine, « pour la défense de la foi orthodoxe et pour la gloire de la Russie ». La révolte est conduite par Grigori Orlov, propre amant de la future impératrice. Pierre III abdique dès le lendemain. Une semaine plus tard, il meurt dans sa retraite de Ropcha, probablement étranglé par Alexeï Orlov lors d’une querelle d’ivrognes. Catherine fera annoncer aux chancelleries étrangères que l’ancien tsar a succombé à une colique hémorroïdale. Ainsi commence l’un des règnes les plus longs et les plus décisifs de l’histoire de la Russie : trente-quatre ans de pouvoir absolu qui feront d’une modeste princesse allemande l’une des souveraines les plus puissantes de l’Europe des Lumières.

D’une princesse prussienne au trône des tsars

Rien, au départ, ne prédestinait Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst à régner sur l’immense Empire russe. Née le 2 mai 1729 à Stettin, en Poméranie, dans une famille princière allemande d’extraction modeste, elle est choisie par l’impératrice Élisabeth de Russie comme épouse pour son neveu et héritier Pierre, futur Pierre III, en raison précisément de sa discrétion politique et de sa famille sans ambitions dangereuses. Convertie à l’orthodoxie en 1744 et rebaptisée Catherine, elle épouse Pierre en 1745. Le mariage est un désastre personnel : Pierre, instable et hostile à tout ce qui est russe, ne cache pas son mépris pour une épouse qu’il menace de faire enfermer. Catherine, elle, met ces années à profit pour s’instruire avec une voracité extraordinaire, lisant Tacite, Montesquieu, Machiavel et Voltaire, et se constituant un réseau de fidèles au sein de la garde impériale. Lorsque Pierre III monte sur le trône à la mort d’Élisabeth, en janvier 1762, il s’aliène rapidement les deux piliers du pouvoir russe. Il retire la Russie de la coalition contre la Prusse au moment même où l’armée russe assiège Berlin, restituant sans contrepartie à Frédéric II tous les territoires conquis. Il s’en prend ensuite à l’Église orthodoxe, imposant aux prêtres de se couper la barbe et de s’habiller comme des pasteurs protestants, et confisquant les biens du clergé. Le mécontentement de l’armée et du clergé est immense. Catherine saisit l’occasion.

Un règne immense, entre Lumières et despotisme

Proclamée impératrice et autocrate de toutes les Russies, Catherine II gouverne avec une énergie et une intelligence qui forcent l’admiration de ses contemporains. Elle correspond avec Voltaire, Diderot, d’Alembert et Montesquieu, rachète en viager la bibliothèque de Diderot, et se fait appeler par Voltaire la « Sémiramis du Nord ». Ces philosophes la tiennent pour un « despote éclairé », au même titre que Frédéric II de Prusse ou Joseph II d’Autriche. Despote, elle l’est sans conteste ; éclairée, c’est moins certain : sous son règne, le servage est non seulement maintenu mais renforcé, et étendu en 1785 à l’Ukraine. Sur le plan extérieur, elle s’impose comme la puissance dominante de l’Europe orientale. Avec Frédéric II et Marie-Thérèse d’Autriche, elle organise trois partages successifs de la Pologne entre 1772 et 1795, effaçant ce pays de la carte. Elle arrache à l’Empire ottoman la Crimée et d’immenses territoires au nord de la mer Noire, faisant naître des villes nouvelles comme Odessa, Kherson et Taganrog sous l’impulsion de son favori Potemkine. À sa mort, en 1796, le territoire de la Russie s’est agrandi de plus de 500 000 km². Catherine II avait transformé un empire encore semi-oriental en une puissance européenne de premier rang, au prix d’un absolutisme sans faille et d’une brutalité assumée que la formule prêtée à Germaine de Staël résume avec ironie : « La Russie est un despotisme tempéré par la strangulation. »

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