Syrie - des familles bédouines déplacées toujours dans l’incertitude au milieu des tensions entre Damas et les autorités druzes @AP
Syrie - des familles bédouines déplacées toujours dans l’incertitude au milieu des tensions entre Damas et les autorités druzes @AP

À Abtaa, dans la province de Deraa, une école s’est transformée en refuge de fortune. Ses salles de classe hébergent désormais trois à quatre familles bédouines chacune, contraintes de vivre dans des conditions précaires après avoir fui leurs villages de la province voisine de Soueida en proie à des affrontements communautaires. Femmes et enfants dorment à l’intérieur, tandis que les hommes se couchent dehors, faute d’espace et de confidentialité.

Ces familles appartiennent à la minorité sunnite bédouine, déplacée depuis plus d’un mois à la suite de combats violents avec des groupes druzes armés. Si les affrontements se sont calmés, plus de 164 000 personnes demeurent déplacées selon l’ONU, sans perspective claire de retour, alimentant la crainte d’un changement démographique durable dans le sud syrien.

De nombreux déplacés racontent avoir fui dans des conditions dramatiques : sièges prolongés, pénurie de nourriture, attaques durant l’exode et maisons incendiées ou pillées. Certains ont trouvé refuge dans des écoles ou des hôtels transformés en centres d’accueil, mais beaucoup dénoncent le manque de nourriture, l’absence d’intimité et des conditions de vie difficiles. « Nous ne voulons pas de tentes, nous voulons des maisons », témoigne une femme, estimant impossible tout retour à Soueida.

Les tensions confessionnelles remontent à plusieurs décennies, marquées par des rivalités foncières et des accusations réciproques de violences, notamment après l’attaque meurtrière de l’État islamique contre les Druzes en 2018. Le récent cycle de violences a éclaté après une série d’agressions et d’enlèvements, dégénérant en combats meurtriers où Israël est intervenu par des frappes aériennes aux côtés des Druzes.

Le gouvernement syrien affirme que le déplacement est temporaire mais n’a proposé aucune solution concrète. De leur côté, les autorités locales druzes de Soueida, dirigées par le cheikh Hikmat al-Hijri, réclament davantage d’autonomie et ont annoncé la création d’une « garde nationale », accentuant le bras de fer politique avec Damas.

Pour les observateurs, la résolution de cette crise nécessitera une issue politique, aujourd’hui hors de portée. En attendant, des milliers de familles restent coincées dans une situation d’exil forcé, redoutant de ne jamais retrouver leurs foyers.

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