La peur s’installe à Uvira, dans l’est du Congo, après la prise de contrôle des rebelles du M23 (AP)
La peur s’installe à Uvira, dans l’est du Congo, après la prise de contrôle des rebelles du M23 (AP)

Un climat de peur règne à Uvira, ville stratégique de l’est de la République démocratique du Congo, tombée cette semaine aux mains du groupe rebelle M23 soutenu par le Rwanda. Malgré un accord de paix récemment négocié sous médiation américaine, les combats se sont intensifiés dans la région, provoquant la mort de plus de 400 personnes et le déplacement d’environ 200 000 civils, selon les autorités locales.

L’Associated Press a pu accéder exceptionnellement à la ville samedi, quelques jours après sa chute. Uvira représentait le dernier grand bastion du gouvernement congolais dans la province du Sud-Kivu, après la prise de Bukavu en février. Sa capture permet désormais aux rebelles de consolider un vaste corridor d’influence à travers l’est du pays. Sur place, la vie est quasiment à l’arrêt : rues désertes, banques fermées, absence de circulation, tandis que des combattants du M23 patrouillent armés, surtout à la nuit tombée.

Les habitants décrivent une ville figée par la peur. « Nous sommes restés, mais rien n’est revenu à la normale. Il n’y a pas d’argent, pas de travail », témoigne Maria Esther, mère de dix enfants. D’autres soulignent que la population craignait un scénario similaire à celui de Goma, théâtre de massacres, même si Uvira a jusqu’ici été relativement épargnée en termes de victimes directes.

Cette avancée rebelle intervient alors qu’un accord de paix a été signé la semaine dernière à Washington entre les présidents congolais et rwandais. Les États-Unis accusent cependant Kigali de violer cet engagement en continuant de soutenir le M23. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a dénoncé une « violation claire » de l’accord et averti que Washington prendrait des mesures contre les « saboteurs » du processus de paix. Le Rwanda n’a pas immédiatement réagi à ces déclarations.

Le conflit, déjà l’un des plus meurtriers et complexes au monde, se déroule dans une région riche en ressources minières où plus de cent groupes armés sont actifs. Selon l’ONU, plus de sept millions de personnes sont déplacées à travers le pays. Les combats récents ont également poussé des civils à fuir vers le Burundi voisin, faisant craindre un embrasement régional, d’autant que des obus seraient tombés de l’autre côté de la frontière.

Kinshasa, de son côté, accuse Kigali de piétiner l’accord de paix et appelle à des sanctions internationales, notamment l’interdiction des exportations minières rwandaises et l’exclusion de ses forces des missions de maintien de la paix. Le M23 affirme pour sa part que les engagements signés restent « théoriques » et non appliqués sur le terrain, chacun rejetant la responsabilité de l’escalade sur l’autre camp.

Alors que les accusations se multiplient et que les combats se rapprochent des frontières régionales, la situation humanitaire continue de se dégrader. À Uvira, la peur et l’incertitude dominent, tandis que les civils redoutent que la violence ne s’installe durablement malgré les promesses de paix.

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