Le département d’État américain a ouvert le 13 juillet un appel à propositions doté de près de 5 millions de dollars pour soutenir des organisations en Europe partageant l’agenda idéologique de l’administration Trump. Le chancelier allemand Friedrich Merz a aussitôt mis en garde contre toute ingérence américaine dans les élections allemandes.
Le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail (DRL) du département d’État a lancé lundi 13 juillet un appel à projets intitulé « Développer les liens entre les civilisations, la résilience démocratique et l’État de droit en Europe ». Des ONG, think tanks, universités, individus et organisations internationales peuvent candidater jusqu’au 12 août pour obtenir des subventions allant de 1 à 3 millions de dollars, sur une enveloppe totale de près de 5 millions répartie entre deux à trois projets.
C’est la première fois depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche que l’administration cherche à faire porter son agenda idéologique en Europe par un soutien financier direct. La chercheuse Maya Kandel rappelle que ce bureau « soutenait depuis 40 ans la société civile face aux régimes autoritaires ». Réorganisé sous la supervision de Samuel Samson après avoir été mobilisé par le bureau du vice-président pour trouver des preuves de « censure » européenne, il « devient désormais officiellement l’instrument et le bailleur de fonds d’acteurs de la société civile mobilisés, chez les alliés européens, contre leurs propres institutions ».
Si les montants paraissent modestes à l’échelle américaine, ils sont loin d’être négligeables dans le paysage européen, et notamment français. Parmi les candidats potentiels figure le Prosperity Institute, un groupe de réflexion britannique proche de Trump, qui avait accueilli en décembre la sous-secrétaire d’État Sarah B. Rogers. Début 2026, cette dernière avait annoncé un financement de 500 000 dollars pour « promouvoir la liberté numérique » et subventionner des centres de réflexion alignés sur les priorités de l’administration. Cette annonce avait suscité l’enthousiasme de Nicolas Conquer, soutien français de Trump et ex-candidat ciottiste aux législatives de 2024, qui avait lancé dans la foulée Western Arc, un « do-tank » se réclamant de l’Amérique MAGA.
Kandel situe le modèle de référence dans « l’écosystème bâti par Orbán » à Bruxelles et à Budapest, à travers des structures comme le Danube Institute, le Mathias Corvinus Collegium ou le Hungarian Institute of International Affairs, dirigé par Gladden Pappin, l’un des artisans de la convergence idéologique entre Trump et le régime hongrois.
Le programme prévoit une « implication substantielle » du département d’État, qui co-choisira les participants, les thèmes et les lieux des ateliers et événements organisés. Kandel y voit « une implication directe dans le débat public européen », dont le vocabulaire « décline la grammaire de la stratégie de sécurité nationale de décembre 2025 » et s’inscrit dans la continuité du discours de JD Vance à Munich.
Mercredi 15 juillet, Friedrich Merz a publiquement mis en garde l’administration Trump contre toute tentative d’ingérence dans les élections allemandes. En 2025, Elon Musk avait apporté son soutien explicite à Alice Weidel, déclarant que « seule l’AfD peut sauver l’Allemagne ». Jeudi 16 juillet, il a affirmé sur X que Marine Le Pen était « le dernier espoir de la France », après l’avoir encouragée durant son procès à « surmonter cette persécution et à se présenter à la prochaine élection présidentielle ».
La proximité affichée entre plusieurs figures de l’extrême droite européenne et le mouvement MAGA ne fait pas l’unanimité dans leurs propres électorats. Un sondage conduit en janvier révélait que 35 % des électeurs du Rassemblement National et de Fratelli d’Italia estimaient que Trump contribuait à « fragiliser l’Occident ».
Ce programme de financement ne constitue qu’un volet d’une offensive plus large. Le même jour, le secrétaire d’État Marco Rubio convoquait à Washington une réunion sur le « terrorisme global d’extrême gauche », alors que l’Europe est qualifiée par Washington d’« incubateur de menaces terroristes ». Plus de 60 pays auraient participé à cette réunion, dont la majorité des États européens. « Société civile d’un côté, États de l’autre : ce sont bien deux volets d’une même entreprise de vassalisation idéologique », résume Kandel, pour qui cette double offensive permettra d’identifier les relais européens prêts à se financer sur le budget de cette campagne.
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