Dans la baie de Saint-Brieuc, la lutte contre les marées vertes prend un nouveau tournant judiciaire. Deux associations environnementales locales viennent de déposer plainte contre X auprès du tribunal judiciaire de Rennes, estimant que les autorités et certains acteurs agricoles ont sciemment laissé pourrir la situation depuis des décennies. Le littoral des Côtes-d’Armor est, selon elles, victime d’une « inaction systémique » aux conséquences sanitaires et écologiques majeures.
Appel à témoignages et cahier de doléances
Réunis au-dessus de la plage de la Grandville à Hillion ce 5 juillet, une vingtaine de militants ont soutenu l’action menée par André Ollivro, porte-parole de « Défense des victimes des marées vertes », et Yves-Marie Le Lay, président de « Sauvegarde du Trégor Goëlo-Penthièvre ». Face à la découverte de nouveaux cadavres de sangliers sur le littoral, les deux figures du combat écologiste veulent mobiliser l’opinion. Un cahier de doléances a été ouvert pour collecter des témoignages d’habitants et documenter l’évolution de la baie depuis trente ans. Les deux hommes dénoncent un désastre environnemental provoqué par l’agriculture intensive et la surfertilisation des sols. En 2024, plus de 3 300 tonnes d’algues vertes ont été ramassées rien que dans la baie. « Ce n’est pas une catastrophe naturelle, c’est une pollution chronique provoquée par des pratiques connues, dénoncées depuis longtemps, et tolérées par les pouvoirs publics », affirment-ils.
Une plainte contre l’État et les filières agricoles
L’action en justice vise à faire reconnaître des infractions aux codes de l’environnement et de la santé publique : pollution des eaux, atteinte aux écosystèmes, mise en danger de la vie d’autrui. Le souvenir de Jean-René Auffray, le joggeur retrouvé mort en 2016 dans une vasière envahie d’algues toxiques, reste vif. Fin juin, la Cour administrative d’appel de Nantes a reconnu la responsabilité partielle de l’État dans ce drame, un précédent que les militants entendent bien faire valoir. Pour eux, l’heure est venue de demander des comptes. À Hillion, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1988, l’Ifremer recensait jusqu’à 2 500 tellines par mètre carré dans l’anse de Morieux. En 2024, il ne restait rien. « Ce littoral est devenu un désert biologique », déplore Yves-Marie Le Lay. Les associations espèrent que la justice fera émerger les responsabilités et obligera les décideurs à agir, après des décennies de silence.