C’est une page industrielle et affective qui se tourne à Villefranche-sur-Saône. Après plus de 140 ans de production, Danone a confirmé la fermeture définitive de son usine Blédina, prévue pour 2027. Un choc pour la commune du Rhône, où 117 salariés vont perdre leur emploi, et où la marque faisait partie du paysage local depuis des générations. Le site, installé en plein cœur de la ville, incarnait un pan du patrimoine caladois. Des odeurs de vanille aux camions de livraison familiers, tout rappelait la présence constante de Blédina dans la vie quotidienne. Mais la baisse de la natalité en France et en Europe a précipité la chute des ventes, en recul de 35 % sur les cinq dernières années. Pour le groupe Danone, maintenir l’activité était devenu économiquement impossible, malgré les 134 millions d’euros investis au cours de la dernière décennie.
Un symbole local emporté par l’évolution du marché
À Villefranche, la nouvelle provoque stupeur et colère. Les syndicats dénoncent une décision dictée par la rentabilité plus que par la nécessité. Pour Force Ouvrière, c’est un sacrifice injustifié au détriment d’un site jugé performant. Les représentants du personnel rappellent les efforts de modernisation et d’adaptation menés depuis des années, sans succès face à la logique financière du groupe. Blédina, célèbre pour ses petits pots, ses compotes et ses céréales infantiles, n’était pas seulement une marque mais une fierté locale. Dans la mémoire collective, l’usine représentait à la fois l’emploi, la stabilité et une identité industrielle. La fermeture annoncée signe la fin d’une époque où la production alimentaire faisait vivre tout un bassin d’emplois, du centre-ville jusqu’aux communes voisines.
Une réorientation stratégique vers la nutrition médicale
Danone tente d’atténuer le choc social en promettant des mesures d’accompagnement. La direction s’engage à proposer des postes internes et à faciliter des reconversions professionnelles via un campus de formation. « C’est surtout de pouvoir leur proposer un emploi en interne, de leur proposer aussi des transitions professionnelles pour être formés », a indiqué Timothée Coppéré, directeur du site, conscient de la portée symbolique de cette fermeture. Le groupe, confronté à un marché des produits pour bébés en plein déclin, choisit désormais de miser sur la nutrition médicale et sportive, des secteurs jugés plus porteurs. À Villefranche-sur-Saône, cette stratégie a pourtant un goût amer. Pour les habitants, la disparition de l’usine marque la fin d’une histoire industrielle commencée à la fin du XIXe siècle. Une histoire qu’ils résument en une phrase simple, presque nostalgique : « C’était plus qu’une usine, c’était une part de nous. »