Jamais une scène de l’Eurovision n’avait autant attiré l’attention. Pour la 69ᵉ édition du concours, qui se tient à la Sankt Jakobshalle de Bâle, en Suisse, les organisateurs ont vu les choses en grand. Modulable, immersive, saturée de lasers et bardée de murs LED, la scène est une prouesse technologique conçue pour faire briller les 37 candidats venus d’autant de pays. Un « terrain de jeu high-tech » inédit, selon les mots de Moritz Stadler, coproducteur exécutif du concours, cité par l’AFP.
Une scène sans avant ni arrière, pensée pour envelopper le public
Installée au cœur de l’arène, la scène s’avance au plus près des 6 500 spectateurs répartis sur trois côtés. Contrairement aux éditions précédentes, elle n’a pas d’avant ou d’arrière-scène défini. « Elle occupe toute l’arène dans les deux sens », explique Moritz Stadler, soulignant qu’elle a été pensée pour abolir les frontières entre artistes et public.
Avec ses 750 m² de murs LED et 200 m² de sol interactif, elle permet une liberté de mise en scène totale. Chaque prestation devient ainsi une création visuelle à part entière. Lors de la première demi-finale du 13 mai, les téléspectateurs ont déjà pu avoir un aperçu de cette puissance scénographique. La deuxième demi-finale, ce 15 mai, et surtout la grande finale du 17 mai, devront confirmer cette démonstration technologique.
Le « couteau suisse » des scènes Eurovision
Inspirée d’un objet iconique du pays hôte, la scène a été conçue par la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) comme un véritable « couteau suisse », capable de s’adapter à tous les styles et univers visuels. Selon Stadler, elle offre « un nombre incalculable de combinaisons et de possibilités », que les délégations doivent apprendre à maîtriser pour tirer parti de ses capacités. Beaucoup d’entre elles, confie-t-il à l’AFP, ont « repoussé plus loin les limites de ce que nos équipes avaient imaginé ».
Cette scène ultra-moderne ne pourrait pas exister sans une ingénierie de haut niveau. Car si la Sankt Jakobshalle est une salle de taille modeste pour une production Eurovision, elle a été intelligemment exploitée. Le scénographe Florian Wieder a expliqué lors d’un point presse que, faute de pouvoir suspendre des structures au plafond, quatre tours discrètes — deux devant, deux derrière — servent de piliers au dispositif.
La gestion de la lumière a été confiée à Tim Routledge, ingénieur lumière de renom. Grâce à un système de vagues lumineuses dynamiques, il parvient à créer un effet d’optique que lui-même qualifie de « techniquement impossible », évoquant une « courbure de la lumière ». Une prouesse qui témoigne, selon lui, de l’intelligence du système mis en place : « Nous avons une boîte à outils de gadgets techniques. Il faut surtout éviter de les utiliser tous en même temps, sinon on perd tout ».