Après l’attaque de Nantes, une pétition lancée pour la diffusion de la série "Adolescence" dans les établissements scolaires
Adolescence

Suite à l’agression au couteau qui a secoué Nantes ce mercredi, perpétrée par un adolescent de 15 ans, une initiative prend de l’ampleur. Une mère de famille de Vaulx-en-Velin (Rhône) a lancé une pétition en ligne, réclamant la diffusion de la série britannique Adolescence dans les collèges et lycées français. À ce jour, plus de 17.000 signatures ont été recueillies.

Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, la mère de famille affirme que cette série, disponible sur Netflix depuis le 13 mars, « permettrait d’ouvrir le dialogue avec les jeunes sur les mécanismes de violence, le harcèlement et la santé mentale ». La pétition est hébergée sur la plateforme Change.org, où elle rencontre un écho croissant depuis le drame nantais.

Une série qui suscite le débat au-delà des frontières

La mini-série Adolescence, production britannique créée par James Graham et réalisée par Lewis Arnold, a connu un succès mondial, atteignant 24 millions de visionnages dans les trois premières semaines suivant sa sortie, selon Netflix. Elle a notamment été numéro 1 dans plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni.

La série raconte le destin tragique de Jamie Miller, 13 ans, arrêté à son domicile et accusé d’avoir tué sa camarade de classe Katie avec un couteau. Au fil des épisodes, Adolescence explore les zones d’ombre d’un adolescent en détresse : harcèlement scolaire, pression sociale, troubles émotionnels et lacunes dans l’accompagnement parental et éducatif.

La fiction s’inspire de plusieurs faits divers réels survenus au Royaume-Uni au cours des dix dernières années, dont l’affaire de la jeune Jodie Chesney, poignardée en 2019, ou encore celle de Damilola Taylor, 10 ans, tué en 2000 dans le sud de Londres. Si la série ne prétend pas relater un cas spécifique, elle s’appuie sur des recherches approfondies et des témoignages recueillis auprès de professionnels de l’éducation, psychologues et travailleurs sociaux.

Une possible intégration dans le système éducatif britannique

En mars dernier, le Premier ministre britannique Keir Starmer s’était dit « favorable à une réflexion sur l’utilisation de la série comme support pédagogique », soulignant que « la fiction peut parfois dire la vérité avec plus d’impact que les statistiques ». Le ministère de l’Éducation d’Angleterre envisage d’organiser des projections encadrées dans certaines académies pilotes, associées à des ateliers de prévention menés par des intervenants spécialisés.

En France, la proposition de diffuser Adolescence à l’école divise. Si certaines associations de parents d’élèves, comme la FCPE, y voient un levier potentiel de sensibilisation, d’autres voix alertent sur les risques d’exposition trop brutale à des images et récits violents.

Contacté par Le Monde, le sociologue Michel Fize, spécialiste de la jeunesse, estime que « la série peut ouvrir une réflexion utile, à condition qu’elle soit accompagnée d’un véritable encadrement pédagogique. Sinon, elle risque de provoquer l’effet inverse et de renforcer l’angoisse ou la banalisation de la violence ».

Le ministère de l’Éducation nationale n’a pour l’heure pas officiellement répondu à la demande. Mais selon une source interne, « des discussions sont en cours » sur l’opportunité d’intégrer des supports audiovisuels contemporains dans les modules d’éducation à la citoyenneté et à la vie affective.


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