Olivier Delacroix : « Le syndrome de l'imposteur ne disparaît jamais complètement »
Olivier Delacroix : « Le syndrome de l'imposteur ne disparaît jamais complètement »

Animateur de Dans les yeux d’Olivier sur France 2, présent sur YouTube avec sa chaîne Olivier Delacroix Officiel (plus de 3,7 millions de vues depuis novembre 2025), ainsi que sur Twitch, TikTok et à la tête de Vis ma vie sur NOVO19, Olivier Delacroix s’est confié longuement à Entrevue à l’occasion de la sortie de son roman Le Syndrome de l’imposteur, paru le 28 janvier dernier aux éditions Fayard. Il revient sur les doutes qui l’ont accompagné tout au long de sa carrière, les coulisses parfois impitoyables des médias, son attachement aux invisibles et sa vision du journalisme à l’ère du numérique. Une conversation sincère avec l’un des journalistes les plus humains du paysage audiovisuel français.

Aimé Kaniki : Aujourd’hui encore, après plus de trente ans de carrière, dans quelles situations ressentez-vous ce syndrome de l’imposteur dont vous parlez dans votre livre ?

Olivier Delacroix : Vous savez, il est toujours là. Beaucoup moins qu’avant, mais il est toujours là. Je crois même qu’il ne disparaît jamais complètement. Pendant longtemps, je pensais qu’un jour j’allais enfin me sentir légitime, qu’un jour les doutes allaient disparaître. Et puis j’ai compris que ce n’était pas comme ça que ça fonctionnait. Le syndrome de l’imposteur ne s’efface pas du jour au lendemain. Il évolue avec vous. Aujourd’hui, je le ressens surtout lorsque je me retrouve face à quelque chose de nouveau. Par exemple, en ce moment, j’écris mon premier scénario. C’est un exercice inédit pour moi. Même si j’ai écrit tout le développement, même si je connais parfaitement l’histoire, les personnages et l’univers dans lequel ils évoluent, il y a toujours cette petite voix qui me demande : « Est-ce que tu vas être à la hauteur ? » Je peux ressentir exactement la même chose dans mon métier de journaliste. Je travaille actuellement avec Jérôme Pierrat sur un projet autour du grand banditisme. Malgré toutes ces années d’expérience, malgré les centaines d’émissions, les documentaires, les reportages, je peux encore me demander si je vais réussir à apporter quelque chose d’intéressant ou de pertinent. Il y a quelques jours encore, j’étais invité sur Europe 1 avec Marie-Estelle Dupont. Avant de prendre l’antenne, je me disais : « Elle est tellement brillante que je vais être mauvais. Je ne vais pas être à la hauteur. » Et puis finalement l’émission se passe très bien. Mais ce doute continue d’exister. La différence aujourd’hui, c’est que je le connais. Je sais comment il fonctionne. Je sais qu’il est là. Je sais qu’il raconte souvent n’importe quoi. Donc je l’écoute moins. Avec le temps, vous construisez des fondations plus solides. Vous apprenez à mieux vous connaître. Vous comprenez vos forces, vos faiblesses. Vous devenez plus stable émotionnellement. Mais ce doute-là reste présent. Il prend simplement moins de place.

Ce syndrome de l’imposteur a-t-il davantage freiné votre carrière ou, au contraire, contribué à votre réussite ?

C’est une très bonne question, et c’est la première fois qu’on me la pose. Je vous en remercie d’ailleurs, car je la trouve particulièrement intéressante. Pendant longtemps, je l’ai vécu uniquement comme quelque chose de négatif. Je voyais surtout les moments où il me paralysait, où il m’empêchait d’avancer. Avec le recul, je me rends compte qu’il a aussi été un moteur extrêmement puissant. Comme je n’avais pas confiance en moi, j’avais besoin de travailler davantage. J’avais besoin d’être mieux préparé. J’avais besoin d’être irréprochable. Quand vous avez peur d’être démasqué, quand vous avez peur qu’un jour quelqu’un découvre que vous n’êtes pas aussi compétent que ce qu’il imagine, vous développez une exigence très forte envers vous-même. Avant chaque nouvelle saison de Dans les yeux d’Olivier, je voulais prouver que j’étais encore capable de faire ce métier. Que j’étais encore légitime. Que j’avais encore quelque chose à raconter. Cette pression intérieure m’a poussé vers une forme d’excellence. Mais en parallèle, elle m’a aussi coûté certaines choses. Je pense sincèrement qu’elle m’a empêché d’être plus audacieux. Il y a probablement des projets que je n’ai jamais lancés. Des idées que je n’ai pas développées. Des opportunités que je n’ai pas saisies parce que je doutais trop de moi. Quand vous souffrez du syndrome de l’imposteur, vous passez énormément de temps à vous poser des questions pendant que d’autres avancent sans forcément réfléchir autant. Donc oui, il m’a freiné. Mais il m’a aussi poussé à travailler plus dur que je ne l’aurais fait autrement. C’est toute la contradiction de ce phénomène.

« Derrière certains parcours que l’on admire, il existe parfois des fragilités que personne ne soupçonne. »

Dans votre roman, Théo accepte parfois l’inacceptable par peur de perdre sa place. Pensez-vous que le syndrome de l’imposteur pousse certaines personnes à tolérer des comportements qu’elles n’accepteraient jamais dans un autre contexte ?

Oui, mais je crois que cela dépasse largement le cadre des médias. On a souvent tendance à penser que certains milieux sont plus toxiques que d’autres. La vérité, c’est que partout où il y a du pouvoir, de l’argent, de la notoriété ou des rapports hiérarchiques forts, vous retrouvez ces mécanismes. Dans les médias, bien sûr. Mais aussi dans la finance, dans la politique, dans la mode, dans le cinéma et même dans des secteurs beaucoup plus ordinaires. Quand quelqu’un détient une forme de pouvoir sur votre avenir, sur votre carrière ou sur votre emploi, il devient parfois difficile de lui tenir tête. Vous pouvez accepter des choses que vous n’accepteriez jamais dans un autre contexte. Vous pouvez vous taire, vous pouvez vous adapter, vous pouvez supporter certains comportements parce que vous avez peur des conséquences. Le syndrome de l’imposteur peut accentuer cela parce qu’il fragilise votre confiance en vous. Il vous pousse parfois à penser que vous avez déjà de la chance d’être là. Que vous n’avez pas le droit de vous plaindre. Que si vous perdez votre place, vous n’en retrouverez jamais une autre. Mais au fond, ce que je décris dans le livre est avant tout une question de rapport de force. Et malheureusement, ces rapports de force existent partout. Ce qui m’intéressait avec Théo, c’était justement de montrer comment quelqu’un peut progressivement accepter des situations qu’il juge pourtant inacceptables. Pas parce qu’il est faible, pas parce qu’il est lâche mais parce qu’il est humain. Et parce que nous sommes tous capables de ce genre de compromis lorsque nous avons peur de perdre quelque chose qui compte pour nous.

Vous décrivez dans votre roman un univers médiatique où certaines personnalités affichent une image bienveillante à l’antenne mais révèlent un tout autre visage en coulisses. Pourquoi était-il important pour vous de raconter cette réalité ?

Parce que cela faisait partie intégrante du sujet du livre. Lorsque j’ai commencé à écrire Le Syndrome de l’imposteur, je ne voulais pas simplement raconter l’histoire d’un homme qui manque de confiance en lui, mais aussi celle de l’environnement dans lequel il évolue. À travers le personnage de Théo, qui découvre les médias presque par hasard, je raconte forcément une partie de ce que j’ai observé pendant plus de trente ans dans ce métier. J’aime les œuvres, notamment les séries HBO, qui mêlent réalité et fiction avec justesse, lorsque l’on sent que l’auteur connaît parfaitement le milieu dont il parle. C’est exactement ce que je voulais faire avec ce roman. Mon objectif n’était pas d’écrire un pamphlet contre les médias, ce serait absurde tant ils m’ont apporté et permis d’exercer un métier que j’aime profondément. En revanche, je souhaitais raconter certaines réalités. Comme dans beaucoup de secteurs exposés, il existe parfois un décalage entre l’image publique et la réalité. J’ai rencontré dans ce métier des journalistes remarquables, des animateurs profondément humains, des producteurs passionnés, des personnes qui sont les mêmes devant une caméra que dans la vie. Mais j’ai aussi croisé des personnalités très différentes une fois les projecteurs éteints, des personnes qui défendent de grandes causes à l’antenne mais dont le comportement privé ne correspond pas toujours à leur discours, ou qui prônent la bienveillance tout en se montrant extrêmement dures avec leurs collaborateurs. Cela n’est pas propre aux médias, on retrouve ces contradictions partout, mais comme c’est l’univers que je connais le mieux, c’est celui que j’ai choisi de raconter à travers ce livre.

Les personnages de votre roman sont inspirés de personnes réelles rencontrées dans les médias. Avez-vous hésité avant de publier ce livre ?

Non, jamais. Parce que dès le départ, je savais exactement ce que je voulais faire. Je ne voulais pas écrire un roman à clés où les lecteurs passeraient leur temps à chercher qui se cache derrière tel ou tel personnage. Mon ambition était tout autre : raconter une vérité humaine, une vérité émotionnelle, parler du manque de confiance en soi, des rapports de pouvoir et de certains mécanismes que l’on retrouve dans les médias mais aussi dans bien d’autres univers professionnels. Je le dis souvent : tout ce qui est raconté dans ce livre existe ou a existé. Il n’y a pratiquement aucune scène qui sorte totalement de mon imagination. Tout est inspiré de faits, d’observations ou de situations réelles. Les personnages sont des composites, construits à partir de plusieurs personnes, et certaines situations ont été condensées ou déplacées dans le récit pour les besoins de la narration. En revanche, les mécanismes décrits sont authentiques. D’ailleurs, je pensais que toute la promotion du livre allait tourner autour d’une seule question : « Qui est qui ? » Finalement, presque personne ne me l’a posée, ce qui m’a assez surpris. Mais même si cela avait été le cas, je n’aurais jamais répondu. Ce n’était pas l’objectif du livre. Je ne voulais régler aucun compte, dénoncer personne ni pointer du doigt des individus. Je voulais avant tout raconter une histoire et, surtout, mettre en lumière cette petite voix intérieure qui pousse tant de personnes à douter de leur légitimité : le syndrome de l’imposteur.

Vous expliquez aller mieux depuis quelques années. Qu’est-ce qui a réellement changé dans votre vie ?

Je pense que ce que j’ai le plus appris au fil des années, c’est à me connaître. Cela paraît simple à dire, mais c’est en réalité un travail immense. Pendant longtemps, je vivais avec mes doutes sans vraiment les comprendre. Je subissais certaines émotions, certaines peurs et certains comportements sans parvenir à mettre des mots dessus. Aujourd’hui, je comprends beaucoup mieux ce qui se passe en moi, pourquoi certaines situations me déstabilisent et pourquoi le doute s’installe parfois. Or, à partir du moment où l’on identifie ses mécanismes, on peut commencer à reprendre le contrôle. L’une des leçons les plus importantes que j’ai apprises est sans doute l’art de dire non. Cela semble anodin, mais pour quelqu’un qui souffre du syndrome de l’imposteur, c’est extrêmement difficile. On a peur de décevoir, peur qu’on ne nous rappelle plus, peur d’être remplacé ou de perdre sa place. Pendant longtemps, j’ai fonctionné ainsi. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus capable de poser des limites et de protéger mon équilibre. J’ai également fait beaucoup de tri autour de moi. Quand on travaille à la télévision ou que l’on est exposé médiatiquement, on attire forcément des personnes qui ne sont pas toujours là pour les bonnes raisons. Avec le temps, je me suis rendu compte que les relations les plus précieuses étaient souvent celles qui existaient avant la notoriété : les amis d’enfance, les amis de longue date, les personnes qui vous connaissent réellement et qui étaient déjà présentes lorsque personne ne s’intéressait à vous. J’ai appris à me recentrer sur ces liens-là, et cela m’a énormément aidé. Enfin, il y a aussi le poids positif des années. Avec l’âge, on devient plus apaisé. On comprend que l’on ne pourra jamais plaire à tout le monde, que l’on a le droit d’échouer, que l’on a le droit d’être imparfait. Cette acceptation progressive de soi ne fait pas disparaître totalement le syndrome de l’imposteur, mais elle le rend beaucoup moins envahissant et beaucoup plus facile à apprivoiser au quotidien.

« Si Dans les yeux d’Olivier dure depuis quinze saisons, c’est sans doute parce que les histoires humaines restent universelles et intemporelles. »

Depuis plus de vingt ans, vous donnez la parole à des personnes confrontées à des situations souvent bouleversantes. Qu’est-ce qui vous pousse encore aujourd’hui à aller à leur rencontre ?

Je crois que cela vient de quelque chose de très profond chez moi. Depuis le début de ma carrière, je me suis toujours intéressé à ceux que l’on entend le moins, à ceux qui n’ont pas accès aux médias et qui ne disposent d’aucune tribune pour raconter ce qu’ils vivent. Lorsque l’on parle des médias, on pense souvent aux responsables politiques, aux célébrités, aux chefs d’entreprise ou aux influenceurs. Pourtant, la réalité d’un pays ne se résume pas à ces figures visibles. Elle est aussi faite de millions de personnes ordinaires qui traversent parfois des épreuves extraordinaires. Je repense souvent à Monique cette femme de ménage dont nous avons récemment raconté l’histoire. Sa fille s’est suicidée à 22 ans après avoir subi pendant des années des violences psychologiques. Cette mère porte une souffrance immense et, pourtant, médiatiquement, elle n’intéresse presque personne. Moi, ce sont précisément ces personnes-là qui m’intéressent. Je crois profondément que notre métier consiste aussi à tendre le micro à ceux qui ne l’ont jamais. Depuis mes premiers documentaires, je me suis naturellement engagé sur des sujets qui me touchent : les violences faites aux femmes, les violences faites aux enfants, la précarité, les addictions ou encore les discriminations. Tous ces thèmes concernent des personnes qui restent souvent invisibles aux yeux du grand public alors qu’elles font pleinement partie de notre société. Je trouve qu’il y a quelque chose de profondément noble dans le fait d’aller écouter quelqu’un que personne n’écoute habituellement. C’est d’ailleurs ce qui rend ce métier si extraordinaire : nous avons la chance d’aller à la rencontre des autres, de chercher à comprendre leur parcours, leurs blessures, leurs espoirs et leur manière de se reconstruire. C’est un privilège immense. Après toutes ces années, je n’ai d’ailleurs rien perdu de cette curiosité. Je reste profondément fasciné par les êtres humains, par leur capacité à résister aux épreuves, à tomber puis à se relever. Plus le temps passe, plus je crois que c’est cela qui me passionne le plus : comprendre ce qui permet aux gens de continuer à avancer malgré les difficultés de la vie.

Quinze saisons après ses débuts, quel regard portez-vous sur Dans les yeux d’Olivier ?

Beaucoup de gratitude, avant tout. Quand je regarde le chemin parcouru, je mesure la chance que nous avons eue. Nous venons de terminer la quinzième saison de Dans les yeux d’Olivier et, dans le paysage audiovisuel français actuel, atteindre une telle longévité est devenu rare. La télévision traverse une période particulièrement complexe : les usages évoluent, les audiences se fragmentent et la concurrence n’a jamais été aussi forte. Malgré cela, l’émission continue d’exister, ce qui signifie qu’il existe encore un public prêt à prendre le temps d’écouter des histoires humaines. Je crois que cette émission représente parfaitement ce que j’aime dans mon métier. Elle est profondément ancrée dans une mission de service public. Elle ne cherche ni le sensationnel ni la polémique, mais tente simplement de comprendre des parcours de vie et de transmettre une parole avec respect. C’est une valeur à laquelle je suis extrêmement attaché. Je suis également très fier des équipes qui travaillent sur cette émission. On parle souvent de l’animateur parce qu’il est visible à l’écran, mais derrière lui œuvrent près de quarante personnes tout au long de l’année : journalistes, réalisateurs, monteurs, producteurs, documentalistes. C’est avant tout une aventure collective, et si l’émission est encore là aujourd’hui, c’est grâce à leur engagement. Ce qui me touche particulièrement, c’est lorsque des téléspectateurs viennent encore me parler, parfois des années plus tard, d’un témoignage ou d’une histoire qui les a marqués. Certains se souviennent avec précision d’une personne rencontrée dans l’émission, d’un récit qu’ils n’ont jamais oublié. Cela signifie que ces histoires ont laissé une trace, et c’est sans doute la plus belle récompense que puisse recevoir un journaliste. D’ailleurs, avec le temps, je me définis moins comme un journaliste de témoignage que comme un passeur. Un passeur d’histoires, un confident, quelqu’un à qui des hommes et des femmes acceptent de confier une partie de leur vie. Lorsqu’une personne accepte de se raconter, elle vous accorde quelque chose de très précieux : sa confiance. Cette confiance oblige et impose une responsabilité immense. Je crois que c’est aussi ce qui explique la longévité de Dans les yeux d’Olivier. Les gens sentent que nous essayons sincèrement de respecter cette parole. Nous ne sommes pas là pour juger, ni pour déformer les récits qui nous sont confiés. Nous sommes là pour écouter, comprendre et transmettre. Et, au fond, c’est probablement ce dont je suis le plus fier aujourd’hui.

« Sur YouTube et Twitch, j’ai retrouvé une liberté que la télévision ne permet pas toujours »

Vous êtes aujourd’hui à l’antenne de NOVO19 avec Vis ma vie et vous avez également lancé votre chaîne YouTube ainsi que vos rendez-vous sur Twitch. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ces nouveaux formats ?

En réalité, je ne considère pas cela comme une rupture avec ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’ai plutôt le sentiment de prolonger ce que je fais depuis toujours, mais sur d’autres supports. Lorsque NOVO19 m’a proposé cette nouvelle formule de Vis ma vie, j’ai immédiatement compris qu’elle s’inscrivait dans la continuité de mon parcours. Depuis plus de vingt ans, mon travail consiste à raconter des histoires humaines, à aller à la rencontre de personnes qui vivent des expériences particulières, à comprendre leur quotidien et à le faire découvrir au public. Vis ma vie repose exactement sur cette philosophie. Ce qui m’a également convaincu, ce sont les équipes. Je connaissais déjà plusieurs personnes impliquées dans le projet et j’avais eu l’occasion de travailler avec certaines d’entre elles. J’avais donc une véritable confiance dans leur vision de la télévision et dans leur manière de raconter des histoires. J’aimais aussi l’idée d’une chaîne qui s’intéresse davantage aux régions, aux territoires et à des parcours qui ne viennent pas forcément de Paris. Je me suis reconnu dans cette ligne éditoriale. Quant à YouTube et Twitch, là encore, c’est l’humain qui m’a attiré. Sur Twitch, notamment, je fais plusieurs fois par semaine ce que l’on appelle du Just Chatting. Nous échangeons sur l’actualité, les préoccupations du quotidien, les relations amoureuses, le travail ou encore la famille. Cela me rappelle énormément l’esprit de la libre antenne que j’ai connu à Europe 1, avec cette proximité directe avec les gens. Mais il existe une différence majeure : aujourd’hui, je bénéficie d’une liberté totale. Je peux choisir les sujets que j’aborde, prendre le temps nécessaire pour les développer et aller là où ma curiosité me mène. Cette liberté éditoriale est devenue extrêmement précieuse à mes yeux et constitue sans doute l’une des raisons pour lesquelles je prends autant de plaisir à explorer ces nouveaux formats.

Vous parlez souvent de liberté lorsqu’il est question de YouTube ou de Twitch. Comment voyez-vous l’avenir des médias dans les années à venir ?

Je pense qu’il faut être lucide : le numérique va continuer à gagner du terrain dans les années à venir. Lorsque j’observe les nouvelles générations, je constate que leurs habitudes de consommation n’ont plus grand-chose à voir avec celles de leurs parents. Ma fille a 22 ans et elle ne regarde pratiquement jamais la télévision traditionnelle. Elle consomme principalement des contenus sur YouTube, des vidéos à la demande, des programmes qu’elle choisit elle-même au moment qui lui convient. Cette évolution traduit une transformation profonde de notre rapport aux médias. Pour autant, je ne crois pas à la disparition de la télévision. Je pense qu’il y aura toujours une place pour le direct, les grands événements sportifs ou certaines émissions capables de rassembler un large public au même moment. Mais il est évident que le numérique occupera une place de plus en plus centrale. C’est aussi ce constat qui m’a poussé à m’investir sérieusement sur YouTube. Mon objectif n’est pas simplement d’y publier quelques vidéos de manière ponctuelle. Je souhaite construire une véritable chaîne, avec une vision éditoriale et une stratégie sur le long terme. D’une certaine manière, je réfléchis aujourd’hui comme un directeur des programmes. J’ai envie de développer différents formats : des interviews, des documentaires courts, des portraits, des concepts originaux et peut-être même, un jour, un jeu. Mon ambition est de créer un univers cohérent qui puisse s’inscrire dans la durée. Ce qui est encourageant, c’est que nous avons déjà cumulé plusieurs millions de vues en seulement quelques mois. Pourtant, j’ai le sentiment que tout commence à peine. Je suis dans une logique de construction patiente, avec l’envie de bâtir un projet solide qui puisse continuer à évoluer pendant de nombreuses années.

« Le média idéal est un média loyal »

Si vous aviez la possibilité de réformer un aspect du paysage médiatique français dès demain, quelle serait votre priorité ?

Je crois que je reviendrais à une valeur très simple : la loyauté. Pour moi, le média idéal n’est pas un média parfait, car le média parfait n’existe pas. En revanche, je crois profondément au média loyal. Un média loyal est un média qui rapporte les faits avec le plus de fidélité possible, qui ne déforme pas une information pour la faire entrer dans un récit prédéfini et qui ne tord pas la réalité pour servir une idéologie ou fabriquer artificiellement du sensationnel. Lorsque l’on apprend le journalisme, on nous enseigne un principe fondamental : aller chercher une information et la restituer le plus honnêtement possible. Cela paraît simple en théorie, mais c’est beaucoup plus difficile dans la pratique. Pourtant, je pense que c’est vers cet idéal que nous devons constamment tendre. Je crois d’ailleurs qu’il existe encore de nombreux médias et programmes qui essaient de fonctionner selon cette exigence. Quand je regarde certaines émissions comme Envoyé spécial, Complément d’enquête, Sur le front ou En aparté, je retrouve cette volonté de raconter le réel avec honnêteté et rigueur. Dans Dans les yeux d’Olivier, nous essayons de poursuivre la même ambition. Lorsqu’une personne accepte de nous raconter son histoire, notre responsabilité est immense. Nous devons respecter sa parole, éviter de la déformer et transmettre son récit avec le plus de fidélité possible. Pour moi, c’est précisément cela la loyauté journalistique. Et je suis convaincu que le journalisme de demain devra préserver cette exigence, quel que soit le support utilisé : télévision, radio, presse écrite, YouTube ou Twitch. Car au fond, les technologies évoluent, les plateformes se multiplient et les usages changent sans cesse. Mais une chose demeure essentielle : la confiance du public. Et cette confiance ne peut exister durablement que si les médias restent loyaux envers celles et ceux qu’ils informent.

Propos recueillis par Aimé Kaniki

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