Ce week-end, les terrains de football alsaciens seront silencieux. Pas de coups de sifflet, pas de décisions contestées : aucun arbitre n’officiera lors des 800 matchs prévus dans le district d’Alsace, toutes catégories confondues. Un acte collectif fort, en réponse aux menaces de mort, insultes et violences qui gangrènent les terrains du foot amateur. Trop, c’est trop.
Un climat délétère du bord de touche aux vestiaires
« T’en sortiras pas vivant », « On sait où t’habites » : ce sont les mots qu’Anthony, arbitre bénévole depuis dix ans, a entendus en marge d’un match amateur à Strasbourg. Depuis, il a déposé plainte et cessé d’arbitrer. Père de famille, chef d’entreprise, il refuse de vivre dans la peur pour un engagement qu’il exerçait par passion : « Je ne veux pas regarder derrière moi chaque matin en sortant de chez moi. Je n’arbitre pas pour me faire menacer de mort », confie-t-il. Les insultes ? Elles sont devenues banales. Des « enculé », « fils de pute », « alcoolique » lancés chaque week-end, de la catégorie U13 jusqu’aux vétérans. Selon le district, 60 faits disciplinaires sont recensés chaque week-end, dont un ou deux incidents graves. Et ce n’est que la partie visible de l’iceberg : de nombreux arbitres, par peur ou lassitude, ne relatent plus les agressions dans leurs rapports.
Le district d’Alsace, le plus grand de France avec ses 85 000 licenciés, a décidé de soutenir ses arbitres. Aucun d’entre eux ne prendra part aux rencontres de ce vendredi 5 au dimanche 7 avril. Une décision historique, qui contraint au report de plus de 800 matchs. Un geste fort, assumé par le président du district Marc Hoog : « Nous faisons face à une recrudescence des incivilités. C’est inacceptable. Je soutiens pleinement les arbitres. » La Ligue Grand Est se dit solidaire, tout en maintenant ses matchs régionaux. La FFF, elle, reste muette. Quant aux clubs, souvent dépassés, ils assistent à un phénomène qu’ils peinent à enrayer malgré les outils mis en place : cartons blancs pour exclure temporairement les joueurs contestataires, cartons violets pour suspendre les rencontres en cas de débordement. Le mal, lui, semble plus profond. Il se nourrit aussi des dérives du football professionnel, de ces images d’entraîneurs menaçants ou de présidents criant à la corruption, largement relayées. « L’exemple vient d’en haut », martèle Philippe Durr, président de la commission d’arbitrage. Quand les bénévoles du week-end sont traités comme des cibles, quand l’autorité sur le terrain devient un risque personnel, ce n’est plus du sport, c’est une poudrière. Cette grève n’est pas un caprice. C’est un cri d’alerte, avant qu’un arbitre ne paie de sa vie une passion devenue trop dangereuse.