Un père expulsé de son logement social à cause du trafic de drogue de ses fils
Un père expulsé de son logement social à cause du trafic de drogue de ses fils

C’est une première dans le département. À Nogent-le-Rotrou, un septuagénaire a été expulsé de son logement social, non pas pour ses propres agissements, mais pour ceux de ses deux fils, qui avaient transformé la cage d’escalier de l’immeuble en véritable point de deal. Une décision radicale, fruit d’une procédure inédite, qui illustre le durcissement des réponses face aux nuisances liées au trafic de drogue dans les cités.

Un retraité victime collatérale d’un trafic familial

L’homme de 70 ans vivait au deuxième étage du 41, rue du Perche, dans un immeuble de Nogent-le-Rotrou. Ce n’était pas lui, mais ses deux fils – âgés de 35 et 40 ans – qui semaient la terreur dans la résidence. Non déclarés sur le bail, ils avaient squatté l’appartement de leur père après le décès de leur mère, transformant peu à peu les lieux en un véritable supermarché de la drogue. Clients à toute heure, tags, dégradations, intimidation des voisins, checkpoint à l’entrée avec des poubelles bloquant l’accès : la situation devenait intenable. “Les femmes de ménage avaient peur, elles venaient parfois accompagnées d’agents de l’office HLM pour pouvoir travailler”, raconte un voisin, lui-même octogénaire, soulagé de voir la famille partir.

Une application inédite de la convention « tranquillité résidentielle »

Face à l’inaction apparente et au climat d’insécurité, le préfet d’Eure-et-Loir a décidé d’agir. Appuyé par une convention signée en novembre 2023 avec le procureur, les forces de l’ordre et les bailleurs sociaux, il a obtenu l’expulsion du locataire, avec l’aide des gendarmes et d’un huissier. Ce 1er avril, le jugement est exécuté : le père et ses fils doivent quitter les lieux. L’homme, pourtant étranger au trafic, paie le prix fort de la dérive de ses enfants. Une mesure rare, mais rendue possible grâce à l’accord-cadre sur la sécurité dans le logement social. Le bailleur, Nogent Perche Habitat, a joué un rôle clé en documentant les nuisances et les dégradations, déclenchant la procédure. Sur les murs, les stigmates du trafic restent visibles : tarifs de drogue, insultes, repérages de voitures banalisées supposées. Le calme est revenu, mais la peur n’a pas totalement disparu. Et une question demeure en suspens : jusqu’où peut-on aller pour restaurer la tranquillité dans les quartiers, quitte à frapper les innocents pour atteindre les coupables ?

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