Un baron du blanchiment pour les cartels colombiens aurait eu un allié secret au sein de la DEA
Un baron du blanchiment pour les cartels colombiens aurait eu un allié secret au sein de la DEA

MIAMI — Figure aussi discrète qu’incontournable de la pègre colombienne, Diego Marín, soupçonné d’être l’un des principaux blanchisseurs du cartel de Cali, aurait bénéficié de la complicité d’un agent de la DEA pour bâtir un empire criminel international estimé à 100 millions de dollars par an, selon une vaste enquête de l’Associated Press.

Alors même que l’agence antidrogue américaine assurait au département de la Justice que Marín figurait parmi ses cibles prioritaires, ce dernier aurait, en réalité, été brièvement enregistré comme informateur tout en offrant aux agents des cadeaux luxueux, des dîners raffinés et des services de prostituées. En échange, au moins un agent, José Irizarry, l’aurait activement aidé à blanchir de l’argent et à contourner les contrôles douaniers, selon des documents internes du ministère de la Justice américain et des témoignages recueillis par l’AP.

Irizarry, recruté malgré un test polygraphique raté, aurait signé Marín comme informateur en 2013. Mais loin de coopérer, Marín l’aurait corrompu à coups de montres Hublot, voitures de luxe et propriétés immobilières. Les fonds officiels destinés aux opérations sous couverture ont permis aux deux hommes de mener grand train : croisières, soirées dans des clubs, voyages à Madrid et au Caraïbe, souvent en compagnie d’autres agents et d’un tueur à gages se vantant de quinze meurtres.

Sous couvert d’une opération baptisée « White Wash » censée démanteler les réseaux de Marín, les agents impliqués auraient maquillé des dépenses personnelles en frais de mission, organisant des transferts d’argent pour le compte du cartel, tout en vantant les résultats d’une opération qualifiée plus tard de « mirage » par un audit interne de la DEA. En réalité, seules cinq condamnations ont été attribuées à l’opération, et 19 millions de dollars manqueraient toujours à l’appel.

L’affaire rappelle les heures sombres du scandale Whitey Bulger, chef mafieux protégé par le FBI dans les années 1980. Pour le général colombien Juan Carlos Buitrago, qui a consacré sa carrière à traquer Marín, l’agence a « créé un monstre ». Lui-même aurait été écarté sous pression, après que Marín aurait proposé des pots-de-vin pour obtenir son départ.

Arrêté en Espagne l’an dernier, Marín a fui sa liberté sous caution pour se réfugier au Portugal, où il a de nouveau été appréhendé. Il est aussi impliqué dans une affaire explosive en Colombie : il aurait financé illégalement la campagne présidentielle de Gustavo Petro à hauteur de 125 000 dollars, via un proche du chef de l’État. Ce dernier affirme avoir fait restituer les fonds et avoir résisté aux tentatives de rapprochement du « tsar de la contrebande ».

Partager