Riaumont, dans le Pas-de-Calais, a fait l’objet d’un contrôle inopiné par deux parlementaires. La communauté religieuse, soupçonnée d’avoir couvert des abus, s’est défendue en bloc. Le climat était tendu dès l’arrivée des députés. Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Renaissance) ont débarqué à Liévin pour inspecter les lieux de l’ancien village d’enfants de Riaumont. Une inspection parlementaire surprise, dans le cadre de la commission d’enquête sur les violences en milieu scolaire, qui fait suite au scandale de l’internat catholique de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques. Comme un air de déjà-vu : ici aussi, des victimes parlent de brimades, de violences physiques, de travail forcé, voire d’agressions sexuelles. Dès leur arrivée, les parlementaires sont accueillis par des soutiens du lieu, venus brandir des pancartes contre « la diffamation ».
Les députés décrivent une ambiance pesante, faite de regards insistants, d’un comité d’accueil hostile, d’un sentiment d’être surveillés. « Un climat de pression », dénonce Paul Vannier, qui imagine sans peine ce que pouvaient vivre, au quotidien, les enfants enfermés dans ce huis clos. Malgré la tension, la visite se poursuit. Les religieux ouvrent les portes, répondent aux questions, un avocat est présent. Le prieur, le père Christophe Gapais, nie toute hostilité et s’insurge contre la suspicion générale qui pèse sur sa communauté. Le ton monte surtout autour de la députée Violette Spillebout, accusée d’être « juge et partie » pour avoir soutenu la création du collectif des victimes. Son vocabulaire aussi dérange : elle parle de « torture », un terme absent, pour l’heure, de l’instruction judiciaire.
Soupçons d’un passé trouble, enquêtes multiples en cours
En une heure de visite, les députés repartent avec une moisson de documents : règlements intérieurs, dossiers de travaux, permis de construire, correspondances avec les institutions locales… Parmi les suspicions les plus lourdes : l’usage d’enfants pour construire une partie du domaine, ou le défrichage forcé de terrains par des mineurs, parfois de nuit, dans le froid. Des éléments qualifiés de « travail forcé » par plusieurs témoignages, que la commission entend croiser avec la chronologie des inspections administratives et des plaintes. Si les locaux ne sont plus censés accueillir d’enfants depuis des années, la vigilance reste de mise. L’agrément pour recevoir des mineurs placés a été retiré dès 1982. L’école hors contrat créée ensuite a été fermée par le rectorat en 2019.
Depuis janvier, même les séjours scouts sont interdits, par arrêté préfectoral, au motif que certaines personnes présentes sur place sont soupçonnées d’avoir interdiction d’approcher des mineurs. Sur le plan judiciaire, le dossier est tentaculaire. Alain Hosquemiller, ancien responsable de la communauté, est poursuivi pour détention d’images pédopornographiques, avec un verdict attendu le 6 mai. Le parquet de Béthune a demandé le renvoi de six religieux devant le tribunal correctionnel pour des faits de violences sur mineurs. Deux informations judiciaires pour viol et agressions sexuelles sont en cours, une troisième pour un viol commis par un mineur sur un autre au sein même du site. Riaumont n’en a pas fini avec la justice. La commission parlementaire, elle, continue de fouiller un passé dont l’ombre semble encore bien présente.