La proposition de loi Duplomb, qui doit être examinée ce lundi à l’Assemblée nationale, provoque une vive controverse. Le texte prévoit notamment le retour de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit depuis 2018 en raison de sa dangerosité pour les pollinisateurs. Si les Républicains défendent cette mesure comme un outil pour sauver l’agriculture, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher s’y oppose fermement, y voyant un retour en arrière incompatible avec les engagements écologiques de la France.
Une bataille politique tendue à l’Assemblée
Le débat pourrait pourtant être évité : pour contourner les milliers d’amendements déposés par la gauche, une motion de rejet est sur la table. Celle-ci, si elle est adoptée, empêcherait tout débat en séance. Paradoxalement, le Rassemblement national envisage de voter cette motion, estimant que le texte, vidé de sa substance, ne répond plus aux attentes du monde agricole. La manoeuvre, dénoncée comme une « confiscation du débat » par la ministre, met en lumière les fractures sur la question de l’usage des pesticides.
Sur le terrain, la colère gronde chez les apiculteurs, notamment en Drôme et en Ardèche. Ils dénoncent un retour déguisé de substances responsables de la désorientation des abeilles, voire de l’effondrement des colonies. Certains témoignent de pertes allant jusqu’à 70 % de leur cheptel, et alertent sur les effets irréversibles de ce type de produit sur la biodiversité et les cultures.
L’acétamipride, encore autorisé dans plusieurs pays européens, est considéré comme moins nocif que ses cousins néonicotinoïdes, mais reste potentiellement dévastateur pour les insectes et les oiseaux. En 2016, l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait déjà pointé un risque élevé pour la faune. Malgré cela, ses défenseurs affirment qu’il se dégrade plus vite et qu’il est déjà présent dans certains usages domestiques.
La décision finale pourrait avoir lieu dès ce lundi soir, selon l’issue de la motion de rejet. Si elle est validée, le texte sera directement transmis en commission mixte paritaire, sur la base de la version sénatoriale, et sans débat public dans l’hémicycle. Une issue qui ne ferait qu’amplifier les tensions entre agriculteurs, écologistes, et apiculteurs inquiets pour l’avenir de leurs ruches.