À la cour d’assises du Doubs, le procès de Frédéric Péchier met en lumière une série de substances médicales qui, mal utilisées, se transforment en poisons redoutables. L’anesthésiste bisontin de 53 ans, soupçonné d’avoir empoisonné 30 patients dont 12 mortellement entre 2008 et 2017, est accusé d’avoir injecté volontairement des doses inappropriées de médicaments destinés à endormir ou stabiliser les malades.
Lidocaïne, adrénaline, potassium : des usages détournés
Le produit qui revient le plus souvent dans le dossier est la lidocaïne, un anesthésique local largement utilisé par les dentistes ou lors de petites chirurgies. En milieu hospitalier, il peut aussi être administré en intraveineuse pour traiter certaines arythmies cardiaques. Mais en surdosage, ses effets deviennent dramatiques : convulsions, coma, troubles cardiaques et arrêt circulatoire. Plusieurs victimes présumées auraient succombé à ce type d’administration massive. Autre substance au cœur du dossier : l’adrénaline. Normalement employée en urgence pour relancer un cœur en arrêt ou contrer un choc allergique sévère, elle peut, à forte dose, provoquer infarctus et arythmies fatales. Les enquêteurs soulignent que l’anesthésiste la préparait parfois en amont des complications, comme s’il anticipait une réaction brutale. Le potassium, lui, est prescrit en gélules pour corriger des carences et, à l’hôpital, en perfusion lente et surveillée. Mais une injection rapide et concentrée entraîne une paralysie cardiaque quasi immédiate. Les toxicologues rappellent que ce produit est même utilisé dans certains pays pour les injections létales. Dans un cas étudié, une patiente de 37 ans présentait un taux cent fois supérieur à la norme.
Des traces suspectes dans le matériel médical
Les expertises ont aussi révélé la présence de mépivacaïne et de tramadol dans des perfusions ou seringues, alors qu’ils n’auraient jamais dû s’y trouver. Dans l’affaire de Laurence Nicod, morte en 2016 lors d’une opération bénigne de l’épaule, les analyses toxicologiques ont conclu à un décès par intoxication, avec des concentrations de ces substances bien au-delà des seuils thérapeutiques.
Un anesthésiste qui clame son innocence
Frédéric Péchier, poursuivi pour empoisonnements aggravés, encourt la réclusion criminelle à perpétuité. À l’ouverture du procès, il a fermement nié toute implication : « Je n’ai jamais empoisonné quelqu’un, je suis innocent. » Ses avocats insistent sur l’absence de preuve directe et plaideront l’acquittement. Pour les jurés, une question centrale domine : comment des médicaments courants, indispensables en bloc opératoire, ont-ils pu devenir les instruments d’une série d’arrêts cardiaques inexpliqués ? La réponse décidera du sort judiciaire de l’anesthésiste et du plus grand procès d’empoisonnement hospitalier de ces dernières années.