Pourquoi le reportage long format résiste encore à l’instantanéité des réseaux
Pourquoi le reportage long format résiste encore à l’instantanéité des réseaux

L’instantané par définition est une photographie de l’instant. Instagram est pour cela le parfait réseau social. C’est un moyen par un biais très court de savoir ce que vos proches ou vos stars préférés font de leurs journées, de leurs vacances, de leurs soirées. Comment ils vivent ces instants de la vie de tous les jours. C’est aussi une façon de comparer notre vie à la leur : Que font-ils aujourd’hui alors que moi je ne vis pas une journée passionnante ? Bref, il indique ce que l’intéressé veut bien donner de lui à travers un instant de photos et de textes très courts. Quelques secondes de vie. 

Le reportage long format c’est tout l’inverse. Sur une durée de 13, 26, 45, 52, voir 90 minutes, il va répondre à une question complexe, contradictoire. Tenter de faire la lumière sur une polémique mondiale. Nous apporter des éléments clefs à notre appréciation des évènements parfois avec le recul du temps absolument nécessaire. Le temps long permet aussi de brosser le portrait d’une personnalité politique, historique ou encore d’un anonyme afin d’en faire une personnalité reconnue. 

L’instant éphémère ne peut pas assouvir notre besoin intellectuel

Le client d’un réseau social a le sentiment qu’il rentre dans la vie de son idole en l’espace de quelques secondes parce qu’on lui propose quelques images filmées dans la coulisse ou la salle à manger. Et pourtant, si une chaine ou une plateforme annonce un reportage exclusif sur cette personnalité, notre client s’empressera de consommer ce reportage long, tranquillement assis dans son canapé avec son plateau repas. Il fera même de cet instant un moment magique qu’il veut préserver et dont il voudra apprécier chaque instant. On a tous connu ce sentiment-là et pourtant nous consommons tous les médias sociaux à longueur de journée. Il me semble que les réseaux sont certes devenus un partenaire de notre vie mais nous savons tous, qu’il s’agit d’un instant éphémère et superficiel. On survol une idée, on zappe, on ne se concentre que quelques secondes. Notre besoin intellectuel ne peut-être assouvi. 

Pour toutes ces raisons le reportage long a de beaux jours devant lui et continuera de résister. Récemment lors d’un évènement organisé à l’initiative d’un média local du sud de la France, l’ancien présentateur de Complément d’enquête était interrogé précisément sur cette question. Jacques Cardoze s’est voulu très rassurant. Selon lui « plus les terriens consommeront les réseaux sociaux et plus ils seront en demande de magazines sur du temps longs. Car ces infos instantanées suscitent bien plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. » Quelle est la part de fake news dans ce que je lis ? a-t-il ajouté. Et si ce scénario du pire que l’on m’annonce sur la question climatique, n’était pas une fiction ? 

Sur des thèmes complexes, le réseau agit comme une sonnerie, une alerte dans la tête du consommateur d’informations. Il range celle-ci quelque part dans son cerveau, jusqu’au jour où il voudra des réponses. Et en dehors d’une enquête fouillée, rien ne pourra l’arrêter. Quelle se présente sous forme d’un livre ou d’un magazine audiovisuel.

L’évolution du temps longs à France Télévisions.

Si le découpage du programme de la soirée d’un « Envoyé Spécial » programmé à 21h le jeudi de façon immuable depuis 40 ans, n’a jamais varié depuis sa création par Paul Nahon et Bernard Benyamin. Le Cash investigation d’Élise Lucet est arrivée il y a une vingtaine d’année. Et les durées des Compléments d’enquête créé par Benoit Duquesne ont évolué. A l’origine en 2001, Benoit Duquesne voulait un découpage de 4 fois 15 minutes sur un même thème. Peu à peu, le magazine a supprimé l’un des 4 reportages de la soirée, pour donner plus de temps et mieux creuser les autres sujets qui composaient l’émission. Et puis le virage a été total sous la responsabilité de jacques Cardoze entre 2018 et 2021, les « Complément d’enquête » sont passés de 3 sujets de 17 minutes à 2 fois 26 minutes ou un seul 52 minutes. Là aussi dans une logique qui consistait à vouloir apporter des réponses plus précises à la problématique de la soirée. Autant d’indicateurs qui sont bien le signe que le consommateur téléspectateur a besoin de plus de temps pour comprendre le monde qui nous entoure. 

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