« Comment la France peut laisser dormir des gens dans la forêt ? » La question, posée par un jeune Soudanais menacé d’expulsion à Ouistreham, résonne comme un cri. Ils sont une soixantaine de migrants à vivre depuis plusieurs mois dans un squat, dans cette commune du Calvados. Ce refuge précaire est aujourd’hui menacé : la préfecture leur a donné sept jours pour quitter les lieux. L’association Citoyen-nes en lutte de Ouistreham a saisi la justice pour tenter d’empêcher une nouvelle expulsion.
Un squat, dernier abri pour des exilés épuisés
Ouvert début janvier 2025 par le collectif “AG de lutte contre toutes les expulsions”, le squat de Ouistreham abrite des hommes âgés de 18 à 25 ans. Tous ont fui la guerre ou la misère, notamment au Soudan, avec l’espoir de trouver en France un peu de répit. Beaucoup ont déjà connu la rue, les tentes sous les arbres, le froid, l’insécurité. Pour Laurène, co-présidente de l’association, ce squat « n’est pas le grand confort », mais il représente « un endroit un minimum digne pour vivre ». La moitié des personnes concernées sont demandeurs d’asile, donc légalement en droit de bénéficier d’un hébergement. Pourtant, elles vivent dans la forêt depuis parfois deux ou trois ans. “C’est rude”, souffle Laurène. Le maire de Ouistreham, Romain Bail, a porté plainte contre cette occupation le 6 janvier. La préfecture s’est appuyée sur la loi anti-squat de juillet 2023 pour justifier une expulsion rapide, en dehors de la trêve hivernale, évoquant une « effraction » et un « désordre à l’ordre public ».
Un bras de fer juridique, sous les yeux du tribunal administratif
L’association, accompagnée de six personnes, a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Caen. L’avocat Clément Cavelier affirme qu’aucune effraction n’a été constatée, ni par les gendarmes ni dans les faits. Il rappelle que le bâtiment occupé est un local public vide, inactif depuis décembre, et que les migrants sont arrivés sur place 48 heures après l’ouverture des lieux. Pour lui, la situation est claire : « Ces personnes vont dormir à la rue, en plein hiver, pendant le ramadan, et alors même que certaines sont protégées par la loi. Comment peut-on invoquer l’ordre public pour justifier leur expulsion ? » En attendant la décision du tribunal attendue dans les prochains jours, la tension reste vive à Ouistreham. Les défenseurs des exilés dénoncent un engrenage absurde, fait de portes murées, de refus d’hébergement et de désespoir silencieux. À force d’ignorer ceux qui dorment dehors, c’est peut-être la République elle-même qui s’abîme.