OPEX: 670 morts, des milliers de blessés, une guerre lointaine que la France regarde à peine
OPEX: 670 morts, des milliers de blessés, une guerre lointaine que la France regarde à peine

On l’oublie vite, parce que la France se dit en paix depuis 1962. Pourtant, depuis la fin de la guerre d’Algérie, les opérations extérieures ont laissé une trace nette: 670 militaires français tués, selon le périmètre retenu, sur des théâtres où l’armée a été projetée, année après année, mission après mission. Un chiffre qui claque, puis disparaît souvent dans le bruit de l’actualité, comme si la guerre n’était qu’une affaire de spécialistes, loin du quotidien des Français.

Retour au Sud-Liban, le 18 avril, quand une embuscade attribuée au Hezbollah frappe une patrouille. Le sergent Florian Montorio meurt sur le coup. Le caporal-chef Anicet Girardin, lui, succombe après s’être exposé pour porter secours à son camarade. Deux noms de plus, deux destins stoppés net, et cette impression tenace que ces drames restent confinés aux cercles militaires, aux familles, à quelques cérémonies sobres, sans vraiment entrer dans la mémoire nationale.

Dans l’opinion, les pertes se résument souvent à quelques dates qui ont imprimé la rétine. Le Drakkar à Beyrouth en 1983. Uzbin, en Afghanistan, en 2008. Des repères tragiques, oui, mais qui masquent la continuité des engagements, du Liban à l’ex-Yougoslavie, de l’Afghanistan au Sahel, avec des périodes d’exposition longues, usantes, parfois mortelles. Pour l’Afghanistan, les bilans publics évoquent 90 morts français entre 2001 et 2014, une génération de soldats marquée par un conflit que le grand public a suivi par à-coups.

Les morts comptent, les blessés s’effacent

Les morts comptent, les blessés s’effacent C’est l’autre réalité, moins photogénique, plus silencieuse: les blessés. Ils sont bien plus nombreux que les tués, mais leur présence se voit peu, parce qu’elle ne tient pas en une minute de journal télévisé. Blessures de combat, explosions, accidents, amputations, séquelles lourdes, et puis ces blessures psychiques qui ne se lisent pas sur un uniforme mais qui grignotent le sommeil, la vie de famille, la capacité à reprendre pied.

Les armées, elles, ont appris, parfois tard, à mieux repérer et suivre ces traumatismes. Le Service de santé des armées, les hôpitaux militaires, des dispositifs de prise en charge et de suivi se sont structurés au fil des années, avec une attention accrue aux troubles post-traumatiques. Cela progresse, mais le chemin reste étroit: reconnaître, soigner, accompagner, puis réinsérer, tout en conservant cette culture de la discrétion qui colle à la condition de soldat.

Reste un paradoxe français, presque confortable: l’institution militaire recueille une forte estime dans les sondages, tandis que le coût humain des OPEX demeure largement sous-évalué, comme si l’on applaudissait l’uniforme sans regarder la facture humaine. La liste s’allonge pourtant, mission après mission, et derrière chaque chiffre il y a des familles, des unités, des corps abîmés, des vies d’après… une réalité qui finit toujours par revenir frapper à la porte du pays.

Partager

Communauté

Commentaires

Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.