C’est une vidéo virale qui joue habilement sur le flou entre foi, histoire et sensationnalisme numérique. Postée début avril par le compte X Creepy.org, puis reprise en masse, elle prétend montrer le visage de Jésus-Christ « animé » grâce à une intelligence artificielle et reconstruit à partir du suaire de Turin. L’animation, qui présente un homme caucasien au regard doux et au sourire discret, a cumulé des millions de vues. Mais derrière l’apparente prouesse technique se cache surtout une construction hasardeuse, très loin de la rigueur scientifique.
Une animation sensationnaliste, pas une preuve historique
Derrière cette vidéo, aucun laboratoire, aucun centre de recherche, aucun expert en histoire de l’art ou en archéologie. La première image utilisée remonte à août 2024, et aurait été générée par l’outil d’IA Midjourney pour le site britannique Daily Express, connu pour ses articles racoleurs. L’animation ne fait que donner du mouvement à cette image fixe. Le résultat final, largement diffusé sur les réseaux sociaux, tient plus de l’esthétique contemporaine que d’une reconstitution crédible d’un homme juif du Ier siècle en Palestine. Les traits sont ceux d’un Européen moderne, bien loin de ce que les historiens et anthropologues estiment être l’apparence probable de Jésus, dont on ignore d’ailleurs jusqu’à la moindre description physique fiable. L’imagerie chrétienne a depuis longtemps imposé une figure universelle, mais imaginaire.
Un suaire dont l’authenticité reste très douteuse
Quant au suaire de Turin, il reste au cœur d’un débat vieux de plusieurs siècles. Découvert au XIVe siècle, il a dès le départ suscité des doutes jusque dans les rangs de l’Église. En 1988, trois datations au carbone 14 ont tranché nettement : le tissu daterait du XIIIe ou XIVe siècle. Depuis, de nombreuses études complémentaires – sur le sang, les pollens, les fibres – ont donné lieu à des résultats contradictoires, sans parvenir à réhabiliter scientifiquement la relique. L’Église catholique, prudente, refuse d’ailleurs de trancher, préférant renvoyer la question aux chercheurs. Même si certains continuent de croire à son authenticité, les preuves matérielles manquent cruellement. Et aucune IA, quelle que soit sa puissance, ne peut produire une reconstitution fiable à partir d’un objet dont la validité historique est aussi incertaine. À ce jour, l’image de Jésus que vous voyez défiler sur vos écrans relève donc bien plus du fantasme algorithmique que de l’archéologie. Une vidéo virale, oui. Une avancée scientifique, non.