La justice française a fermé le dossier qui visait Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais, en concluant qu’aucune charge suffisante ne permettait de la renvoyer devant un tribunal. Après plus de quinze ans de procédure, l’ancienne première dame échappe donc à un procès qui aurait pu sceller son rôle dans l’une des pages les plus sombres de la fin du XXe siècle.
Une décision qui défie le parquet antiterroriste
Âgée de 82 ans, Agathe Habyarimana était depuis 2016 sous le statut de témoin assisté. L’ordonnance rendue par deux juges d’instruction parisiennes estime qu’elle ne peut être considérée comme complice du génocide des Tutsis de 1994. Le texte souligne qu’elle apparaissait plutôt comme victime de l’attentat du 6 avril 1994, celui qui a coûté la vie à son mari, le président Juvénal Habyarimana, et qui a déclenché le massacre de quelque 800 000 personnes, essentiellement des Tutsis et des Hutus modérés. Cette lecture contredit les demandes répétées du parquet national antiterroriste. Celui-ci plaidait pour une mise en examen de la veuve présidentielle au titre d’une entente en vue de la commission du génocide. Après la clôture des investigations en 2022, le parquet avait multiplié les recours, insistant encore en septembre 2024 pour que des investigations supplémentaires soient menées. En mai dernier, la justice avait rejeté cette demande. Le parquet a fait appel, mais ce recours n’a pas encore été examiné.
Le spectre de l’« akazu »
Depuis longtemps, les associations de parties civiles considèrent Agathe Habyarimana comme une figure centrale du fameux « akazu », le cercle rapproché du pouvoir hutu accusé d’avoir préparé et piloté l’extermination. Les juges n’ont cependant pas retenu cette thèse, faute d’éléments probants. L’intéressée a toujours nié ces accusations, rejetant toute responsabilité dans la planification des massacres. Sa présence en France, où elle vit depuis des années à Évry-Courcouronnes, nourrit pourtant les débats mémoriels et politiques autour de la responsabilité française dans le drame rwandais. Le non-lieu prononcé aujourd’hui illustre la difficulté persistante de juger sur le sol français les protagonistes présumés du génocide, trente ans après les faits. Pour les victimes et leurs proches, il s’agit d’un nouvel épisode amer, symbole de la complexité et des limites de la justice face à un crime de masse qui continue de hanter l’histoire contemporaine.