Le 24 février 2026, le sous-marin nucléaire d’attaque De Grasse a quitté Cherbourg pour sa toute première sortie en mer. Cette étape marque l’entrée officielle dans la phase d’essais à la mer, ultime séquence avant son admission au service actif au sein de la Marine nationale, prévue dans le courant de l’année.
Construit par Naval Group sous la supervision de la Direction générale de l’armement, le De Grasse est le quatrième bâtiment du programme Barracuda. Celui-ci prévoit six sous-marins destinés à remplacer progressivement les SNA de type Rubis, en service depuis les années 1980.
Une phase d’essais décisive
Les essais en mer constituent l’étape technique la plus exigeante du cycle de construction. Ils visent à valider l’ensemble des systèmes embarqués : propulsion nucléaire, navigation, systèmes de combat, capteurs sonar, manœuvrabilité et discrétion acoustique.
Les premières sorties se déroulent en Manche puis en Atlantique. Elles mobilisent les équipes industrielles, les ingénieurs de la DGA, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ainsi que des marins d’essais. Chaque plongée permet d’analyser des centaines de paramètres techniques et d’ajuster les réglages.
L’objectif est clair : démontrer la capacité du bâtiment à atteindre ses performances nominales en toute sécurité et à intégrer pleinement ses systèmes d’armes, notamment le missile de croisière naval.
Montée en puissance industrielle et stratégique
Avec un déplacement d’environ 5 200 tonnes en plongée, le De Grasse bénéficie d’une propulsion nucléaire lui conférant une autonomie énergétique quasi illimitée. Seules les contraintes humaines et logistiques déterminent la durée des patrouilles.
Les SNA Barracuda assurent des missions stratégiques majeures : renseignement, escorte du groupe aéronaval articulé autour du porte-avions, protection des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et capacité de frappe dans la profondeur. Leur discrétion acoustique constitue un atout central de la supériorité sous-marine française.
Le De Grasse rejoint une série déjà bien engagée : les trois premiers bâtiments, Suffren, Duguay-Trouin et Tourville, ont franchi différentes étapes d’intégration opérationnelle. La sortie en mer du quatrième exemplaire confirme la montée en cadence industrielle sur le site de Cherbourg et la continuité technologique française dans le domaine nucléaire naval.
Un jalon, pas une finalité
Cette première navigation ne constitue qu’un point de départ. Les campagnes d’essais vont s’échelonner sur plusieurs mois, alternant vérifications techniques, montées en puissance progressives et validations réglementaires strictes, notamment en matière de sûreté nucléaire et de performances acoustiques.
L’admission au service actif dépendra du franchissement de l’ensemble de ces jalons. Pour la filière navale française, le programme Barracuda représente un investissement industriel majeur et mobilise des milliers d’emplois. Avec le De Grasse en mer, la France confirme sa capacité à renouveler sa flotte de sous-marins nucléaires d’attaque et à maintenir un niveau d’exigence technologique parmi les plus élevés au monde.