Ils sont quinze sur le banc des prévenus. Quinze à devoir répondre d’un système tentaculaire qui aurait plongé des centaines de professionnels de santé dans la ruine. À partir de ce lundi 31 mars, la salle spécialement aménagée du tribunal judiciaire de Marseille s’apprête à accueillir un procès hors normes, au sens propre comme au figuré. En toile de fond : des investissements immobiliers soi-disant sans risques, des médecins surendettés, des banques flouées, et une ardoise proche du milliard d’euros. Tout commence il y a plus de dix-sept ans, en avril 2008, lorsque surgissent les premières plaintes. Médecins, chirurgiens, kinésithérapeutes, dentistes… Ils sont 43 à l’origine à dénoncer des montages financiers trompeurs. Aujourd’hui, ils sont 762 parties civiles, 110 avocats, et 26 banques qui réclament réparation. Face à eux, un puzzle complexe, une entreprise autrefois florissante devenue symbole d’une dérive.
Un empire bâti sur la crédulité des soignants
Apollonia, le nom sonne presque comme une promesse. Créée en 1997 à Aix-en-Provence par un couple sans passé dans la finance – Moussa-Jean Badache, ancien commerçant, et son épouse Viviane, esthéticienne – l’entreprise connaît une ascension fulgurante dans les années 2000. Trophées, articles flatteurs dans la presse économique : la mécanique semble bien huilée. La recette ? Démarchage intensif dans les hôpitaux, arguments bien rodés, projections alléchantes de rente future. On promet à ces professionnels de santé un patrimoine immobilier conséquent, financé à crédit et optimisé fiscalement, le tout « sans effort financier ». Il n’y aurait qu’à signer, faire confiance, et laisser faire. Sauf que le réveil a été brutal. Endettements vertigineux, biens surévalués, documents falsifiés… le mirage s’est mué en cauchemar.
Une machine à tricher, des banques dans la boucle
Le procès s’annonce dense. Quinze prévenus – anciens dirigeants, commerciaux, employés d’Apollonia, mais aussi trois notaires et un avocat – sont jugés pour escroquerie en bande organisée, blanchiment aggravé et usage de faux. Tous auraient pris part à un système finement organisé, où chaque rouage connaissait son rôle. Fait rare : plusieurs grandes banques, initialement mises en examen pour complicité, ont vu leur statut requalifié. Les voilà désormais parties civiles. Une décision qui fait grincer des dents parmi les investisseurs lésés, qui estiment que les établissements financiers ont fermé les yeux sur des prêts manifestement démesurés, parfois accordés à la chaîne, sans vérification. Le procès, prévu pour durer jusqu’en juin, devra trancher. Mais au-delà des prévenus et des dommages, c’est aussi une certaine idée de la confiance dans les dispositifs d’investissement et les professionnels du patrimoine qui vacille.