Après plusieurs années de diminution, les chiffres du suicide en France repartent à la hausse. En 2022, 9 200 personnes ont mis fin à leurs jours, soit une augmentation de 3,3 % en un an, selon le dernier rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS) publié ce mardi. En moyenne, 25 suicides sont enregistrés chaque jour dans le pays. Les hommes restent trois fois plus nombreux que les femmes à se donner la mort.
Parmi les données alarmantes, le taux de suicide chez les adolescentes et jeunes femmes a doublé entre 2015 et 2022. En 2022, 183 suicides ont été recensés contre 160 en 2021, 120 en 2020 et 132 en 2019. L’ONS souligne qu’un tel niveau n’avait pas été atteint depuis 1997. En parallèle, les hospitalisations pour tentatives de suicide et automutilation ont connu une hausse brutale. L’Observatoire avance plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène, notamment l’exposition accrue des jeunes filles aux violences sexistes et sexuelles et aux injonctions de genre amplifiées par les réseaux sociaux. L’usage intensif des plateformes numériques expose davantage les adolescentes à des normes de beauté irréalistes et à une hypersexualisation, ce qui peut accentuer leur mal-être, surtout durant la puberté, une période de vulnérabilité accrue.
À l’autre extrémité de la pyramide des âges, les hommes de plus de 85 ans enregistrent une hausse inquiétante du taux de suicide, atteignant désormais 86 suicides pour 100 000 habitants, contre 13,4 pour l’ensemble de la population. En un an, ce taux a bondi de neuf points. L’ONS invite à briser le tabou du suicide des personnes âgées et à mieux comprendre leur mal-être, dans un contexte de vieillissement de la population et de solitude croissante.
Alors que la France s’apprête à légiférer sur l’aide à mourir, l’ONS suggère que l’euthanasie ou le suicide assisté pourrait, de manière contre-intuitive, constituer un outil de prévention du suicide. Cette hypothèse ouvre un débat éthique et sociétal sur les choix de fin de vie et le droit à une mort digne.
La hausse du nombre de suicides en France, notamment chez les jeunes femmes et les personnes âgées, alerte sur les fragilités sociales et psychologiques grandissantes et appelle à un renforcement des politiques de prévention et de soutien psychologique.