Habillement : une stabilité trompeuse pour les enseignes de mode françaises en 2025
Habillement : une stabilité trompeuse pour les enseignes de mode françaises en 2025

À première vue, le secteur français de l’habillement semble avoir évité le décrochage en 2025. Selon le bilan annuel présenté par l’Alliance du Commerce, l’activité des enseignes de mode affiche une quasi-stagnation, avec une évolution limitée à -0,2 % par rapport à 2024. Un chiffre qui pourrait suggérer une forme de résistance dans un contexte économique tendu, mais qui masque en réalité des fragilités structurelles profondes et des situations très contrastées selon les marques et les territoires.

Les données reposent sur un panel de 80 enseignes représentant plus de 10 000 magasins, analysé avec le cabinet Retail Int. Dans le détail, les ventes réalisées en magasin reculent légèrement de 0,3 %, tandis que le commerce en ligne affiche une progression marginale de 0,1 %. Pour l’Alliance du Commerce, qui fédère environ 16 000 points de vente dans l’habillement et la chaussure, ce maintien global constitue un signe de résilience après les chocs successifs des dernières années, notamment la crise sanitaire et ses conséquences durables sur les habitudes de consommation. Depuis 2022, le chiffre d’affaires en magasin aurait même progressé cumulativement de 1,3 %.

Cette lecture optimiste est toutefois tempérée par l’évolution des comportements d’achat. La fréquentation des boutiques continue de s’éroder, tandis que le panier moyen diminue. Les professionnels observent des consommateurs plus prudents, arbitrant davantage leurs dépenses et recherchant en permanence le meilleur rapport qualité-prix. Cette rationalisation des achats reflète un pouvoir d’achat sous tension et une confiance encore fragile, malgré le ralentissement de l’inflation observé récemment.

Des tensions fortes derrière la stabilité apparente

Derrière cette stabilité de façade, l’Alliance du Commerce alerte sur des disparités marquées entre enseignes. Certaines parviennent à s’adapter, quand d’autres sont confrontées à des difficultés majeures, allant jusqu’aux redressements judiciaires ou aux liquidations. Sans citer de noms, l’organisation professionnelle souligne que le milieu de gamme reste particulièrement exposé, pris en étau entre un segment premium plus résistant et une offre low-cost ou ultra fast-fashion en forte expansion.

Cette situation alimente un appel à la vigilance adressé aux pouvoirs publics. Le secteur de la mode représente près de 200 000 emplois en France, et toute instabilité réglementaire ou fiscale est perçue comme un facteur de risque supplémentaire. L’Alliance du Commerce insiste sur la nécessité de préserver un environnement économique et social stable, condition jugée indispensable pour maintenir l’activité et l’emploi sur le territoire.

La concurrence internationale constitue un autre point de crispation majeur

Les plateformes d’ultra fast-fashion, à l’image de Shein ou Temu, sont accusées de pratiques déloyales, tant sur le plan réglementaire que social ou environnemental. Selon les professionnels, ces acteurs bénéficieraient de failles dans les dispositifs douaniers et fiscaux, leur permettant de proposer des prix défiant toute concurrence. En 2024, près de 800 millions de colis de faible valeur ont été livrés en France, un volume jugé préoccupant pour la souveraineté économique et la sécurité des consommateurs. Si l’Alliance salue les premières mesures gouvernementales visant à taxer ces flux, elle appelle à aller plus loin, évoquant la possibilité de sanctions renforcées allant jusqu’au déréférencement de certaines plateformes.

La gestion de la fin de vie des produits textiles constitue également un sujet sensible. Depuis 2019, les écocontributions acquittées par les entreprises ont été multipliées par trois, pesant davantage sur les coûts d’exploitation. À cela s’ajoute la dégradation persistante de nombreux centres-villes. Selon l’institut Codata, la vacance commerciale devrait dépasser 11 % en 2025, et certains magasins implantés dans les grandes agglomérations auraient perdu jusqu’à 15 % de chiffre d’affaires sur l’année.

Pour l’Alliance du Commerce, le secteur n’est pas condamné mais évolue sur une ligne de crête. L’adaptation et la transformation sont en cours, mais l’équilibre reste fragile. Sans règles équitables face à la concurrence internationale et sans politiques publiques construites en lien avec les acteurs de terrain, la stabilité observée en 2025 pourrait rapidement céder sous le poids de tensions structurelles toujours plus fortes.

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